Critiques littéraires

Le Fils (Philipp Meyer) – RL 2014 #1

201410 Le Fils

« Le fils » c’est l’histoire de la famille McCullough des années 1836 à nos jours dans l’Ouest Américain. Cette saga, portée par trois personnages et quatre générations, balaye l’histoire des états unis : luttes avec les indiens pour la conquête de territoires, naissance du tout puissant Texas portée par les pionniers, guerre de Sécession, début des exploitations pétrolières, guerres mondiales … c’est riche, passionnant et tellement instructif (c’est très documenté sans jamais être ennuyeux).

Eli ou le colonel. Eli est enlevé par les Comanches alors que sa famille est décimée, il a onze ans et passera trois ans avec les indiens, trois années d’initiation à la chasse, à la guerre ou à la découverte de la nature qui marqueront sa vie à jamais. Revenu parmi les siens, il s’illustrera dans la guerre de Sécession et deviendra « Le colonel ».

Peter, « Le fils » grandit avec l’évolution du Texas : l’invasion des colons mexicains, les exploitations de pétrole. Peter vivra déchiré entre un père à qui il doit tout (un ranch grandiose, des derricks) et une empathie pour des mexicains contre lesquels sa famille est en guerre.

Jeannie : la petite fille de Peter (arrière petite fille d’Eli) qui est la seule héroïne du roman. Une femme forte et volontaire qui a grandit au ranch, à l’ombre de ses trois frères. C’est elle qui fera grandir l’exploitation familiale pour construire un empire à une époque où les femmes n’ont pourtant pas voix au chapitre.

La narration est basée successivement sur ces trois personnages, et autant vous dire que l’arbre généalogique fourni en début du livre n’est pas inutile (les dates n’y figurent pas afin de ne rien dévoiler de la vie des différents membres de la famille).

Aborder cette grande fresque de l’Amérique peut sembler un peu ardue au départ et les bonds dans le temps sont déroutants mais peu à peu, toutes les pièces du puzzle s’assemblent, les personnages s’étoffent et les dernières pièces à assembler sont le point d’orgue à une magnifique saga profondément romanesque.

Tous les personnages sont construits au travers d’un héritage familial puissant dans un environnement violent mais Philipp Meyer ne les juge jamais. Point de caricature, ils sont traités tout en subtilité avec leurs failles et leurs forces. Philipp Meyer se penche à la fois sur le sens de l’histoire au travers des hommes qui ont contribué à cette histoire et sur la face cachée du rêve américain.

C’est un livre intelligent et brillant ! La construction est bluffante et je crois que c’est la première fois que je ressens l’envie de relire un livre tant c’est bouillonnant ; je suis sûre d’être passé à côté d’une multitude de détails qui au final n’en sont pas. Je m’interroge encore sur le saut d’une génération entre Peter et Jeannie, les aller-retour dans le temps livrent des explications au futur qui se trouvent dans le passé ou vice-versa … c’est tellement passionnant que je ne voudrais rien laisser passer et je suis persuadée qu’une seconde lecture apporterait un éclairage différent. Certains y verront là un défaut au livre, mais loin de moi cette idée.

PS : après avoir tourné la dernière page du Chant d’Achille j’étais bien en peine de trouver un livre aussi palpitant mais là, je n’ai pas été déçue. Je suis une fois encore très enthousiaste mais ce livre est flamboyant porté par un souffle hors du commun !

PPS : vous comprenez maintenant mon regain d’intérêt pour les westerns, je suis toute auréolée d’une nouvelle culture, j’adore !

Le Fils de Philipp Meyer
Editions Albin Michel
688 pages

You Might Also Like

14 Comments

  • Reply
    anyuka
    2 octobre 2014 at 11 h 29 min

    Ouh quel enthousiasme ! Noté et souligné dans ma liste de titres à découvrir de toute urgence 🙂 !

    • Reply
      Laurence
      15 octobre 2014 at 11 h 14 min

      J’aimerai bien qu’une de mes « copinautes » le lise histoire de pouvoir end discuter !!!

  • Reply
    matchingpoints
    2 octobre 2014 at 11 h 44 min

    Comment résister à une critique aussi enthousiaste ? En plus, nous n’avons rien contre un western, mais un bon !

    • Reply
      Laurence
      15 octobre 2014 at 11 h 14 min

      Là, je vous le recommande vivement !

  • Reply
    Arwen
    2 octobre 2014 at 19 h 11 min

    un livre avec, en toile de fond, les Etats-Unis ne peut que m’intéresser…

    • Reply
      Laurence
      15 octobre 2014 at 11 h 15 min

      C’est vraiment génial et ne te laisse pas rebuter par le nombre de pages !

  • Reply
    yuko
    2 octobre 2014 at 22 h 58 min

    Vite vite, je note !

    • Reply
      Laurence
      15 octobre 2014 at 11 h 16 min

      oui, et on en discute !!!

  • Reply
    adeline L
    5 octobre 2014 at 16 h 07 min

    tiens, je n’aurai jamais cru pouvoir être tentée par un livre de ce genre mais tu me fais changer d’avis

    • Reply
      Laurence
      15 octobre 2014 at 11 h 16 min

      C’est chouette alors.

  • Reply
    Sylvie, Enfin moi
    5 octobre 2014 at 21 h 38 min

    la tu me tentes vraiment beaucoup
    Tu en parles tellement bien
    Bisous

    • Reply
      Laurence
      15 octobre 2014 at 11 h 16 min

      Merci Sylvie, je suis souvent enthousiaste tu le sais !! Bises

  • Reply
    Alice
    6 octobre 2014 at 20 h 50 min

    je note dans mon petit carnet ce titre 🙂

  • Reply
    À la recherche du grand roman américain - Plaisirs démodés
    6 avril 2015 at 6 h 06 min

    […] lectrice; The Cannibal Lecteur (pas mal hein comme nom?); Encore du noir; Léa Touch Book; Les instantanés futiles; Voyage livresque; À propos de livres; Toute la […]

Leave a Reply

*