Critiques littéraires

Chanson douce (Leila Slimani) – RL2016 #1

201609 Lecture

Chanson douce … ne vous fiez pas au titre de ce livre dont la première phrase est « Le bébé est mort ». Dès le premier chapitre, le décor est planté. Horrible, deux enfants sont morts, tués par Louise, leur nourrice.

Dans un livre Mi-polar, mi-roman, Léila Slimani s’emploie à relater les mois qui ont précédé le drame, à disséquer les faits et à analyser les relations entre les personnages pour nous aider à comprendre les circonstances qui ont mené à ce carnage.

Myriam, avocate a cessé de travailler pour s’occuper de ses enfants Mila et Adam. Elle a mis en veille sa vie de femme, sa vie professionnelle et même sa vie sociale au profit de ces deux enfants qui l’usent. Un jour, elle rencontre un de ses camarades d’études qui lui propose de retravailler avec lui. Avec Paul (son mari) ils embauchent donc Louise qui semble être la nounou parfaite.

L’écriture de Leïla Slimani est brillante. Simple et ciselée, parfaitement efficace. Au fil des pages, l’angoisse s’installe, la menace est oppressante et le malaise s’immisce dans le couple autant que chez le lecteur.

L’auteure évoque la difficulté de mener de front carrière professionnelle et vie de famille mais également avec beaucoup de pudeur la vie des nounous, leurs rencontres dans les parcs alors qu’elles gardent les enfants, le sort de ces femmes, souvent immigrées, sans doute par toujours déclarées, parfois même sans papier. Ces femmes qui rentrent dans l’ombre dès que les parents, sortis du travail reprennent possession de leurs foyers. Certains de ces passages m’ont rappelé le livre de Colombe Schneck sur les femmes de ménages (Soeurs de miséricorde).

J’ai moins aimé le rapport au temps, assez incertain dans le livre, les semaines, les mois ou les jours s’écoulent sans que l’on ait une chronologie bien définie. Et puis, je crois que j’aurais aimé en savoir davantage sur Louise, sur un éventuel procès qui dissèquerait à son tour les événements … mais c’est peut-être tout simplement par frustration d’être arrivée au bout trop vite et sans doute le parti pris de l’auteur de garder un certain recul et une neutralité rapport à ses personnages.

Voilà un livre percutant et très perturbant !

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16 Comments

  • Reply
    Beatrice
    17 septembre 2016 at 19 h 52 min

    J’ai eu la chance de rencontrer Leila Selmani mardi dernier à la rentrée littéraire chez Decitre à Levallois Perret et je comptais chroniquer son roman.
    Ta chronique me plait tellement que je vais la partager …
    Bon dimanche .

    • Reply
      Laurence
      20 septembre 2016 at 18 h 57 min

      J’aimerais vraiment qu’elle vienne chez mon libraire également ! Merci pour ton clin d’oeil une fois encore 🙂

  • Reply
    yuko
    17 septembre 2016 at 20 h 06 min

    Ce livre me tentait déjà beaucoup mais qui devient indispensable maintenant que j’ai lu ta chronique ! Merci à toi ^^ Bises

    • Reply
      Laurence
      20 septembre 2016 at 18 h 57 min

      Tu vas le dévorer … Bises

  • Reply
    Chanson douce de Leila Slimani – zenitude profonde
    17 septembre 2016 at 21 h 37 min

    […] Chanson douce de Leila Slimani chroniqué par Instantanés Futiles […]

  • Reply
    Koalisa
    19 septembre 2016 at 9 h 48 min

    Je crois que ce n’est pas pour moi, rien que ton billet me file des frissons… Bonne semaine !

    • Reply
      Laurence
      20 septembre 2016 at 18 h 58 min

      C’est sûr que ça peut glacer lu comme ça … d’un autre côté, je peux aussi te dire que je suis ravie que les enfants soient grands …

  • Reply
    sophie bazar
    19 septembre 2016 at 11 h 23 min

    Plus ça va, plus ce titre remonte dans ma liste de livres à lire en priorité… Merci pour ton avis !

    • Reply
      Laurence
      20 septembre 2016 at 18 h 58 min

      Avec plaisir 😉

  • Reply
    Matching Points
    19 septembre 2016 at 11 h 54 min

    Mères, grand-mères… tout ce qui concerne la brutalité envers les enfants touche trop nos vieilles âmes sensibles ; nous passerons notre tour !

    • Reply
      Laurence
      20 septembre 2016 at 18 h 59 min

      Ce sont davantage les rapports entre adultes qui sont disséqués ici. Le drame n’est que le prétexte à tout le livre … mais bon, je peux comprendre …

  • Reply
    chiffonsandco
    19 septembre 2016 at 18 h 47 min

    j’en ai entendu parler, mais ce n’est pas pour moi !

    • Reply
      Laurence
      20 septembre 2016 at 18 h 59 min

      Là, c’est sûr que non !!

  • Reply
    yuko
    18 octobre 2016 at 19 h 27 min

    Je suis un peu nuancée sur ce roman qui n’a pas été un coup de coeur pour moi. Je suis en train de rédiger ma chronique mais je crois que j’ai trouvé les personnages très distants ce qui m’a empêché d’entrer en empathie avec eux.. Or, c’est sur ce ressort émotionnel que se joue le scénario du livre… Je vais creuser un peu plus ma réflexion sur le livre, en tout cas on aura l’occasion d’en rediscuter ^^ Bises

    • Reply
      Laurence
      21 novembre 2016 at 21 h 29 min

      Je l’ai bien aimé, je l’ai dévoré même mais par contre, ça ne vaut pas un Goncourt ! Bises

  • Reply
    Chanson douce de Leila Slimani
    7 mai 2018 at 11 h 39 min

    […] Chanson douce de Leila Slimani chroniqué par Instantanés Futiles […]

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