Critiques littéraires

Désintégration (Emmanuelle Richard)

Bombe humaine

Désintégration : nom féminin signifiant destruction complète, dissolution venue de l’intérieur … et effectivement, ce livre fait l’effet d’une bombe tant il explose de haine et de colère. Roman ou autobiographie ? Un peu des deux sans doute pour raconter le parcours désenchanté d’une jeune étudiante.

La narratrice, fille d’une famille modeste a grandi en banlieue et elle enchaine aujourd’hui les petits boulots alimentaires pour financer ses études dans « la grande ville ».  D’elle on ne connaitra jamais le nom. Elle vit en colocation et peine à s’intégrer parmi ses camarades issus de milieux plus favorisés. Mépris de classe et humiliations sociales sont le terreau fertile à des sentiments de rancoeur et de honte, deux sentiments qui vont grandir en elle jusqu’à la perte de soi, le cheminement entre ce que la jeune fille rêvait de devenir et ce qu’elle se voit devenir.

De l’appétit de vivre au désenchantement

Bon, autant vous le dire de suite, Désintégration n’est pas un livre gai mais une histoire puissante et virulente sur la jeunesse précarisée, une actualité réelle qui fait froid dans le dos. C’est Un livre désenchanteur qui secoue, un livre d’une rare intensité dramatique, avec une tension permanente servi par un style particulièrement acéré, comme si chaque mot était choisi avec une précision chirurgicale, une écriture au scalpel.

Désintégration c’est une histoire de pauvreté et d’épuisement, une histoire dans laquelle « Nous n’étions pas vivants. Nous n’étions pas morts. On était juste crevés, vidés, lessivés, épuisés, physiquement et psychologiquement … » et cette phrase, ce style minimaliste, ces mots rageurs qui visent justes, ce ton âpre sont le reflet de ce livre terriblement corrosif !

Un roman-récit coup de poing à lire absolument !

Désintégration
Emmanuelle Richard
Edition de l’Olivier
208 pages

10

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5 Comments

  • Reply
    matchingpoints
    11 janvier 2020 at 13 h 36 min

    Un livre dans l’air du temps. Il correspond par son sujet à pas mal de films qui montre la dure réalité des banlieues.
    Bon weekend

    • Reply
      Laurence
      20 janvier 2020 at 15 h 24 min

      C’est bien ça le pire : il est tellement dans l’air du temps … ça me fait froid dans le dos 😉 !

  • Reply
    sophie bazar
    17 janvier 2020 at 10 h 21 min

    Effectivement, cela a tout l’air d’un livre coup de poing ! je retiens… et choisirai le bon moment pour le lire, je pense. Bonne journée à toi !

    • Reply
      Laurence
      20 janvier 2020 at 15 h 28 min

      Oui Sophie, tu as raison, c’est de ces livres qui ne tombent pas toujours bien. Juste avant j’avais lu le tome 1 de « La passe-miroir », choc culturel assuré et assumé !! Il faut que j’en reparle d’ailleurs. Bonne semaine 🙂 !

  • Reply
    laurence Caillau-Larrieu
    23 janvier 2020 at 10 h 13 min

    La lecture de « Désintégration » m’a beaucoup marquée.
    Le désenchantement est décrit avec la violence d’une grande littéraire.
    On en sort abasourdie et je suis ravie que tu partages mon engouement.
    C’est un livre à garder en mémoire.
    Bises

    Laurence

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