cinéma

Le lundi c’est ciné #16

201701 Cinéma

Carole Mathieu est médecin du travail pour une société de vente en ligne. Elle a été agressée par un des salariés de l’entreprise et malgré le traumatisme reprend son travail. Entièrement dévouée à son métier, elle frôle le burn-out à force d’encaisser les souffrances, les violences et les humiliations subies au quotidien par les salariés de la plateforme d’appel.

Les suicides se succèdent, la police enquête, la direction ne pense qu’à sauve la face et ne pas perdre de chiffre, le médecin alerte en vain, les syndicats tergiversent sur l’attitude à adopter et au final, ce sont les salariés qui trinquent.

C’est un film violent, à la limite du documentaire quant il s’agit de décrire les conditions de travail et les méthodes de management humiliantes dans une entreprise menée par la nécessité de rentabilité et l’atteinte des objectifs. Isabelle Adjani porte le personnage de Carole Mathieu de façon bluffante, ce film c’est elle !

L’auteur du livre dont le film a été tiré (Marin Ledun – Les visages écrasés) a été chercheur en sociologie chez France Telecom … et nul doute que quand on regarde « Carole Mathieu » c’est à la vague de suicides chez France Telecom que l’on pense.

J’ai peu apprécié le parti pris du réalisateur d’en faire un film mi polar, mi fantastique mais c’est sans doute que trop ancré dans la réalité, ce film aurait été à la limite du supportable … On peut aussi déplorer que ce film, diffusé sur Arte avant de sortir sur grand écran soit passé inaperçu … C’est un peu dans la veine de Ressources Humaine de Laurent Cantet, à voir, à méditer et à montrer à tous les jeunes loups qui sortent des écoles de commerces …

Le lundi c’est ciné #15 « Polina, danser sa vie »

201611 Ciné

Parce que le cinéma, c’est la vie, une parenthèse de quelques heures, les sorties entre amies et l’envie de vivre … cet après midi, je suis allée voir « Polina, danser sa vie »

1990, dans la Russie post-soviétique, Polina est une danseuse classique prometteuse. La famille sacrifie tout pour offrir à son unique enfant la rigueur et l’exigence du professeur Bojinski qui la mènera aux portes du prestigieux Bolchoï.

Je n’en dirai pas davantage, c’est un beau film sur la danse bien sûr, sur la chorégraphie, la discipline, l’abnégation mais c’est bien plus que cela. C’est apprendre à désapprendre tout ce qu’on a appris dans douleur, c’est un hommage aux danseurs et à leur long travail, c’est un film sur les galères des artistes et aussi une habile façon d’aborder que devenir maître de sa vie n’est pas si facile .

La jeune interprète Anastasia Shevtsova envahit l’écran ; omniprésente elle nous charme, elle fascine avec ce regard si dur et si pur. Les impros sont fabuleuses, celle de la fillette de retour des cours dans la neige ou de la danseuse-chorégraphe accomplie sont jubilatoires … et je ne suis ni une grande connaisseuse ni une amoureuse de la danse. A noter également un petit rôle de Juliette Binoche, toujours aussi belle et parfaite.

 

Le lundi c’est ciné #13 : Victoria

201609 Victoria

Victoria (Virgine Efira) est avocate. Elle élève seule ses deux filles dont le père est absent. Victoria est passablement débordée même son baby-sitter n’en peut plus et la largue. Dans le même laps de temps, elle doit défendre un ami (Melvil Poupaud) accusé de meurtre par une folle, recrute comme baby-sitter un ex-dealer (Vincent Lacoste) qu’elle a défendu il y a quelque temps et apprend que son ex-mari dévoile sa vie privée sur un blog à succès … sa vie vire au chaos !

Voilà en quelques mots les première minutes de ce film mené tambour battant. Ce n’est pas totalement dramatique et pas vraiment une comédie mais il y a une belle énergie dans ce film au final assez romantique, histoire(S) d’amour, de justice et d’amitié. Les acteurs sont justes, les personnages bien construits (même les plus farfelus) et Virgine Efira trouve là sans doute son premier grand rôle …

C’est réjouissant et en même temps, cela porte à réflexion, dans un monde où tout va à 100 km/heure, difficile de conscilier vie de femme, de mère et professionnelle  !

Le lundi c’est ciné #12

201604 Cinéma

Voilà un film qui m’a emballée. A la limite du documentaire, un film passionnant, un film au service des acteurs (formidables François Cluzet et Marianne Denicourt), un film sur un héros ordinaire : le médecin de nos campagnes (et pour avoir vécu dans un petit village du sud-ouest, ce film m’a vraiment interpelée).

Le docteur Werner est généraliste … mais à la campagne … alors son rôle ne se limite pas à ausculter les patients. C’est un assistant social, il les écoute, les conseille, les aide à remplir des formulaires, les soigne (de jour comme de nuit) ou fait des points de suture. C’est souvent l’unique lien social des patients, un confident et un personnage central dans un village dont il connait tout. Malade à son tour, il doit se faire assister par une jeune femme médecin fraîchement diplômée.

Thomas Lilti réalise un film d’une grande humanité et offre à ses acteurs deux rôles fantastiques, de ceux qui restent rares et marquent une carrière. A noter que les seconds rôles sont tous aussi bouleversants de vérité. J’avais beaucoup aimé Hippocrate du même réalisateur et on retrouve ici le même réalisme. Cette médecine exige beaucoup de sacrifices, ce qui explique que peu de jeunes médecins veuillent s’installer à la campagne et la désertification du milieu rural est ici abordée sans détour ; la scène de la discussion du conseil municipal au sujet de la maison médicale est d’une rare lucidité !!

A voir ABSOLUMENT !!!

 

Le lundi c’est ciné #11

Les Innocentes

Mathilde Beaulieu est une jeune interne en médecine. A la fin de la seconde guerre mondiale, en Pologne, elle est chargée d’accompagner le retour des soldats français. Une jeune religieuse l’appelle au secours d’une sœur prête à accoucher dans un couvent. En fait, elles sont plusieurs à avoir été violées par les soldats russes dans le même état. Envers et contre tous, la jeune interne va leur apporter les soins nécessaires.

Ce film est inspiré d’une histoire vraie et c’est ce qui rend le sujet si difficile. Anne Fontaine aborde avec la délicatesse dont elle est coutumière la violence sexuelle comme arme de guerre, le dilemme de ses femmes devenues mère ayant fait vœu de chasteté et l’incapacité de l’église à gérer ces drames.

La mise en scène est sobre, la lumière élégante (tant pour les gros plans sur les visages des religieuses que pour les paysages enneigé de Pologne).

Lou de Laâge incarne avec subtilité cette jeune femme médecin qui réussit à se faire accepter par les religieuses (même si elle fait tellement jeune que j’avais du mal à imaginer qu’elle puisse endosser seule tant de responsabilité et de courage). Un film magnifique et bouleversant.

Les innocentes d’Anne Fontaine
Février 2016