roman

La chambre des époux (Eric Reinhardt) RL 2017#1

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Le point de départ du dernier livre d’Eric Reinhardt est la maladie de sa compagne. Dix ans plus tôt, Margot se bat contre un cancer du sein et lui, en parallèle, pour écrire son roman « Cendrillon ». Il est donc entendu entre eux que les efforts qu’elle livrerait contre la maladie n’auraient d’égal que ceux de son mari pour terminer son manuscrit. Lors d’un déplacement pour une rencontre littéraire, il rencontre Marie qui est voie de guérison d’un cancer elle aussi …. Voilà pour le début du livre, en quelques mots je vous ai résumé quelques 70 pages. 70 pages un peu pénibles car trop de sophistication tue l’émotion.

Puis, enfin, à la page 73 ça démarre. Le récit dans le récit, un habile jeu de miroirs. Eric & Margot deviennent Nicolas & Mathilde, Nicolas rencontre lui aussi une Marie … et voilà comment je me suis retrouvée prise dans une descente en abyme vertigineuse. J’ai parfois perdu pied, je revenais en arrière de quelques lignes pour savoir si c’était Eric ou Nicolas qui parlait mais ce trouble là était délicieux. Dès lors qu’Eric (l’auteur, le vrai) s’éloigne de lui (même si l’autodérision dont il fait preuve m’a beaucoup amusée) et abandonne enfin ses manières littéraires bien trop précieuses à mon goût la magie de l’écriture opère et j’ai dévoré la seconde moitié du livre.

Alors voilà une critique que j’ai beaucoup de mal à rédiger. D’un côté j’ai aimé le côté romanesque du roman, mais beaucoup moins le côté pédant de certains passages. C’est un auteur qui aime s’inspirer de la vie et de ses rencontres pour ses livres ; il le fait en mêlant les récits (c’était déjà le cas dans l’amour et les forêts) et une fois encore je trouve la construction virtuose. Delphine de Vigan a déjà expérimenté cela dans son « D’après une histoire vraie » … est-ce un effet de mode ?

Peu importe, j’ai apprécié l’ambition d’Eric Reinhardt d’écrire sur la maladie, la sexualité et de mêler cela à la littérature ou la musique; de mélanger l’œuvre et les conditions de sa création, le tout avec une plume remarquable … Eric Reinhardt, vous m’avez tour à tour agacée puis bluffée  !

Je remercie Babelio et les éditions Gallimard de m’avoir permis de lire de ce livre en avant première.

La servante écarlate (Margaret Atwood)

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La servante écarlate est un roman de 1985 dont, autant être honnête je n’avais jamais entendu parlé. Ce livre, best-seller mondial a été remis au goût du jour par une série TV mais aussi par Donald Trump puisque ce sont les symboles de la robe rouge et de la cornette blanche qu’ont choisis les féministes pour marquer leur mécontentement envers la politique et les idées du nouveau président américain.

Alors, motivée d’une part par la curiosité et d’autre part par Yuko qui nous a proposé une lecture commune, je me suis attelée à la lecture du fameux roman.

Dans cette dystopie (et oui, en plus j’ai appris un nouveau terme et pour ceux qui l’ignorent (rassurez moi, je n’étais pas la seule ?) c’est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur), Margaret Atwood nous plonge dans un monde totalitaire.

Les femmes y sont privées de libertés. Celles des commandants (l’élite de la société) attendent un enfant que les servantes (celles destinées à la procréation) leur donneront (dans les deux sens du terme), d’autres sont nourrices ou tantes (représentantes de l’ordre) alors que les plus mal loties travaillent aux colonies sur des lieux contaminés, vouées à une mort certaine.

Toutes ces femmes sont donc réduites à l’état d’objet et privées de tout ! D’identité, de savoir, d’odeurs, de sensations, de famille, de sentiments, de mémoire ou de passé même au fil des ans, et un nouveau prénom leur est même donné en fonction du commandant auquel elles sont assujetties. Ainsi, les Defred se succèdent dont la narratrice.

Ce livre dans lequel j’ai fort heureusement eu du mal à m’identifier (c’est une chance) m’a fascinée. J’ai ressenti une impression similaire à celle que j’avais eu en lisant « Marche ou crève » de Stephen King (décidemment, Yuko tu m’entraînes hors des sentiers littéraires que j’ai l’habitude de fréquenter), une sorte de perversion malsaine à trouver cela horrible et à avoir sans cesse l’envie de continuer.

C’est un roman à la construction exigeante. Le temps s’emmêle (passé heureux, présent cruel) ajoutant le trouble au désespoir. Peu de dialogues ce qui confère à l’isolement de ces femmes et au côté pesant du livre. Les jours s’enchaînent de façon mécanique pour toutes et le lecteur est pris dans cette spirale, c’est magistral !

Ce n’est pas qu’un pamphlet féministe (les hommes aussi vivent sous la terreur), c’est sans doute un peu de « 1984 » (qu’il faut absolument que je lise), aucune religion en particulier n’est mise en cause (même si on ne peut s’empêcher de relier le voile à la coiffe des servantes ou bien encore le rôle des tantes à celui des mères supérieures dans l’ordre catholique) … c’est surtout une saisissante façon l’alerter contre un système où la loi civile et la loi religieuse se confondraient : un état théocratique pur.

La critique de Yuko est ici

Check-Point (Jean Christophe Rufin)

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Jean Christophe Rufin est un homme aux multiples vies : docteur, diplomate, aventurier, écrivain, académicien … et alors que j’aime beaucoup l’écouter, je n’avais jamais rien lu de lui d’autre que le récit de son pèlerinage sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle.

J’ai du retard puisque j’ai lu ce livre, ce printemps, deux ans après sa sortie (dans le cadre d’une opération « Au secours, la pile des livres à lire va s’effondrer ») et une fois encore, c’est un excellent choix !!

D’emblée, c’est merveilleusement écrit, puissant et clair ; on lit et on vit l’histoire de ces cinq humanitaires embarqués à Lyon en direction de la Bosnie centrale à bord de deux camions. Alex, Maud, Lionel, Marc et Vauthier vont rapidement avoir l’occasion de découvrir que ce sont ces « Check-point », frontières mouvantes surgies de nulle part dans ces Balkans éclatés par les conflits religieux-ethniques.

On ne peut pas vraiment dire que ce livre est un huis-clos tant ce qui se passe hors des deux camions est aussi important que les tensions qui s’installent dans les cabines. Nos cinq humanitaires ont des personnalités très contrastées et des expériences de la vie qui façonnent leurs réactions face aux moyens d’aider les populations en zones de guerre ; faut-il leur amener des biens essentiels ou des armes ?

C’est un livre prenant, bien loin des idées que je m’en étais faites (du livre et des humanitaires) qui apporte un éclairage supplémentaire sur ce conflit si proche de nous, tant par la distance que le temps.

Voilà donc un roman multigenres (aventures, thriller psychologique, road trip, drame amoureux), par un auteur talentueux, un roman haletant et surtout une façon très habile d’aborder des sujets d’actualité très facilement transposables de la Bosnie de 1995 à la Syrie de 2017 …

Les garçons de l’été (Rebecca Lighieri)

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Attention, livre fatal … vous le commencez et vous n’avez de cesse que de le retrouver.

Dans ce roman, il est question d’une famille de Biarritz, en apparence bien sous tous rapports. Petite bourgeoisie Biarrotte : Le père est pharmacien, la mère toujours tirée à quatre épingles a abandonné ses études pour élever des trois enfants, deux garçons beaux comme des dieux, brillants et une petite dernière un peu plus perchée en apparence … mais pas tant que ça ! Dès le début du livre, c’est l’accident. Thadée le fils aîné se fait happer la jambe par un requin à La Réunion et c’est un raz-de-marée qui torpille la famille Chastaing si parfaite.

Il est question de Surf, de Côte Basque, d’île de la Réunion, de couples, d’adolescents, d’étudiants … et Rebecca Lighieri excelle dans tous les registres.

J’ai eu la chance de rencontrer l’auteure qui nous a expliqué comment elle s’est imprégnée de Biarritz, de vagues et d’océan afin de restituer un langage plus vrai que nature. J’ai d’ailleurs eu un peu de mal avec le langage oral de nos jeunes qui m’a nécessité quelques décodages approximatifs … mais pour le reste, j’avais l’impression d’y être (et Biarritz je connais …).

C’est à la fois un roman d’amour, un thriller psychologique ou bien un roman noir, à moins que ce ne soit l’humour qui soit noir … mais tout y est ! L’écriture est magistrale, maitrisée de bout en bout, à la fois fluide et implacable.

Les protagonistes prennent la parole à tour de rôle, chacun apportant un éclairage nouveau et un à un, les masques tombent … construction parfaite !

Bon, assez de superlatifs et il était temps que je publie ce billet car c’est LE livre de l’été, super session de lecture en perspective pour vous qui avez la chance de ne pas l’avoir lu !!

L’armoire des robes oubliées (Rükka Pulkkinen)

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2014, Helsinki, Eva est atteinte d’un cancer foudroyant. Son mari Martti, sa fille Eleonoora et ses petites filles Anna & Maria se relaient à ses côtés pour adoucir ses derniers jours. De ces moments douloureux naissent des rapports privilégiés et Anna découvre que derrière la façade du mariage heureux de ses grands-parents se cache un drame. A l’ouverture d’une armoire, la découverte d’une robe oubliée fait resurgir le passé et la vérité se révèle.

1964 : Elsa est une psychologue de renommée internationale, Martti son époux un artiste peintre reconnu. A l’aube des années 1970 et de la libération de la femme, ce jeune couple en vogue voyage beaucoup, a une vie mondaine intense et délaisse la petite Anna. Eeva, jeune étudiante entre alors à leur service pour s’occuper de l’enfant.

L’auteure, avec beaucoup de poésie et de délicatesse mêle l’amour et la mort, les choses graves et légères, décrit des femmes alternativement fortes et faibles mais ce roman n’est jamais triste, il est juste et touchant.  Rükka Pulkkinen décortique à merveille les relations entre ces femmes, la filiation mère-fille, la transmission grand-mère-petite-fille. Chacun de ses personnages a ses failles et ses qualités et il y a beaucoup d’empathie, d’humanité et de respect dans ces lignes.

La construction de l’intrigue est parfois complexe avec l’alternance passé-présent et le parallèle entre les vies d’Elsa et d’Anna emporte parfois le lecteur dans des confusions mais c’est aussi l’intérêt de ce roman … se laisser porter par le récit, tenter de comprendre ce qui vivre, viellir et aimer veulent dire.

Pour finir, il y a la Finlande, ses paysages magnifiques, cette lumière que l’on imagine étrange, les sapins, les sauna … la littérature venue du froid ne se limite pas aux polars alors ne boudons pas notre plaisir.

« Mais maintenant, je suis devant cette porte et je sonne. Plus tard je comprendrai que ma vie, toute nouvelle, commence justement ici. Peut-être qu’on peut déjà en voir la fin, dès la porte. Mais c’est le commencement, et le commencement ne veut pas entendre parler de la fin »