Critiques littéraires

Milwaukee Blues (Louis-Philippe Dalembert)

Le destin tragique d’un gosse des ghettos noirs qui rêvait de sortir de sa condition en devenant footballeur professionnel.

S’inspirant librement de l’affaire George Floyd, cet afro-étasunien mort étouffé sous le genou d’un policier blanc en mai 2020 à Minneapolis, Louis-Philippe Dalembert décrypte le monde des quartiers noirs et s’interroge sur le déterminisme social et racial …

Emmett, quel étrange prénom  ! C’est celui que lui a choisi son père avant de les abandonner, lui et sa mère en référence à un adolescent assassiné en 1955 parce qu’il était noir et avait osé adresser la parole à une femme blanche. Emmett, enfant unique vit à Milwaukee dans le quartier pauvre de Franklin Heights. L’éducation stricte de sa mère qui l’élève dans la foie pentecôtiste  le tient à l’écart de mauvaises relations et ses prédispositions pour le football à américain feront le reste et lui entrouvrent des portes prometteuse d’un riche avenir …

Quand le passé ronge le présent

La force et la profondeur de ce roman résident dans la construction inventive du récit. Un roman choral dans lequel les témoins se passent le relais pour raconter Emmett. De la jeune institutrice blanche qui s’est attachée à ce gamin pas vraiment porté sur les études, en passant par Authie et Stoke ses copains de quartier, par son ancienne fiancée Nancy qui raconte la difficulté d’être un couple mixte ou son coach sportif qui a accueilli Emmett chez lui comme un fils. Chacun raconte Emmett sur un ton qui lui est propre. L’utilisation de la première personne du singulier permet à chaque témoignage d’avoir sa force.

Dans la dernière partie, c’est « Ma Robinson », ex gardienne de prison devenue révérende qui prend les choses en mains avec un jeune couple d’étudiants engagés pour organiser les funérailles du fils de son amie. Le JE cède la place au NOUS, symbolique d’une prise de conscience collective. Ils sont portés par l’espoir d’un hommage pacifiste de grande ampleur, symbole de fraternité et de paix.

Quand la couleur se porte comme un fardeau

Au travers du personnage d’Emmett, Louis-Philippe Dalembert rend hommage à ceux qui sont  symboles des inégalités raciales aux États-Unis.

Le sujet était « casse-gueule » tant l’émotion relative au décès de George Floyd est encore fraîche mais Louis-Philippe Dalembert évite tous les écueils des bons sentiments. Il décrit un contexte racial, amplifié par la désindustrialisation et la démission des familles, qui conduit les jeunes à devenir dealer pour assurer la survie de leur famille, un pays dans lequel le déterminisme de la race est encore omniprésent.

J’ai lu ce livre d’une traite, portée par un rythme crescendo savamment mené, émaillé de points d’humour salvateurs. Son précédent livre « Mur Méditerranée » sur le sort des migrants m’avait beaucoup remuée et je ne peux que vous conseiller de lire ces deux livres.

Merci à Babelio et aux éditions Sabine Wespieser pour l’envoi de ce livre.

Milwaukee Blues
Louis-Philippe Dalembert
Editions Sabine Wespieser
288 pages

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2 Comments

  • Reply
    matchingpoints
    22 octobre 2021 at 13 h 51 min

    Merci ! Un livre qui semble coller à l’actualité. Nous ne connaissons pas cet écrivain.
    Bon weekend

    • Reply
      Laurence
      26 octobre 2021 at 21 h 03 min

      Oui, son précédent roman collait à celle des migrants … je crois que c’était encore plus terrifiant !

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