Amours (Léonor de Récondo)

Amours

Je vous en dirais beaucoup moins que la 4ème de couverture, un peu trop bavarde à mon sens !

Nous sommes au début du XXème siècle, Victoire est mariée à Anselme de Boisvaillant, notaire issu d’une famille bourgeoise du Cher. Les années s’écoulent depuis ce mariage arrangé, sans éclats ni heurts mais Victoire refusant « les enchevêtrements immondes » avec son mari, l’héritier tant attendu n’arrive pas …

Ce livre, c’est avant tout deux beaux portraits de femme, celui de Victoire et de la jeune bonne Céleste. C’est un livre sur la féminité, les conventions sociales, la bourgeoisie de province, la force des sentiments … et les convenances qui oppressent !

Voilà le troisième livre de Léonor de Recondo et avec la délicatesse dont elle est coutumière, elle nous sert un roman, très différent des deux premiers ; un livre extrêmement classique (il y a du Flaubert dans ces pages) avec la musicalité dont elle a le secret et qui au fil des mots offre un réel bonheur de lecture. C’est ciselé, rythmé, précis … envoutant et éblouissant !

Bon, je manque peut-être d’objectivité mais j’ai un seul reproche à faire à ce livre … la fin … qui arrive beaucoup trop vite !

J’aime #5

SAMSUNG CSC

Ces dernières semaine, j’ai l’impression que ma vie pourrait se résumer à un seul mot : travail.

Les journées filent, rythmées par les services, les lessives, l’entretien de notre petit restaurant, de notre appartement et avec les beaux jours l’activité ne fait qu’accroitre. Loin de moi l’idée de me plaindre (enfin, si , un peu …) mais voir le temps défiler à si vive allure me perturbe. J’ai tout juste le temps de lire, à peine celui de vous lire … et plus du tout celui d’écrire.

Alors que d’un côté, je suis mon propre boss, libre de m’organiser et de m’investir comme bon me semble … d’un autre côté, je suis complètement tributaire d’une clientèle et d’horaires par toujours faciles (me coucher tous les jours d’été à 1 heures (au mieux) alors que je suis du style poule est ma pire des contraintes). Mais bizarrement, je me sens quand même privilégiée de pouvoir exercer un métier qui me plait (qui nous plait).

Je sens bien que ce billet va partir en live, qu’il n’y aura ni introduction, ni conclusion mais ce que je voulais dire c’est que surtout, mon activité me permet d’apprécier pleinement tous les moments de repos que j’arrive à m’octroyer. Le dernier en date de début juin, où nous avons passé un WE en Provence.

Un WE fait de petits bonheurs simples comme se retrouver entre amis, respirer les parfums de la garrigue, se régaler des spécialités provençales, prendre le temps d’un café, d’une coupe de champagne ou d’un verre de rosé, refaire pour la énième fois les mêmes photos, se pâmer devant les champs de lavandin… et se ressourcer dans le cloître Saint Paul.

Je pourrais rester des heures dans ce lieu paisible. Nous avons visité plusieurs fois l’ancien hôpital où a séjourné Van Gogh mais c’est toujours vers le cloître que je reviens. C’est un endroit frais, paisible où je me sens bien, une sensation exquise que je serais bien en peine de vous expliquer … mais rien que de regarder ces photos, j’ai l’impression de faire une pause et en ce moment, même courte et même virtuelle, j’ai vraiment besoin de pauses !

Je vous avais bien prévenu que ce billet n’aurait ni queue ni tête mais j’avais juste envie de partager cet endroit avec vous. Et d’ailleurs, je suis sûre qu’on a tous un lieu de prédilection comme ça, non ?

SAMSUNG CSC

La perle et la coquille (Nadia Hashimi)

41QIxRAKU0L._SX331_BO1,204,203,200_

La perle et la coquille ou la femme et le carcan des lois afghanes ?

Shekiba et Rahima sont nées « filles » dans un Afghanistan soumis aux règles du Coran et à la loi tyrannique des hommes. La seconde est l’arrière-arrière petite fille de la première et entre les deux, un siècle d’écart, 5 générations et toujours les mêmes règles, c’est leur «naseeb» mais Shekiba et Rahima ont en commun de ne jamais se décourager et de ne pas baisser les bras devant des lois injustes et cruelles.

L’auteur a choisi l’alternance des destins de Rahima et de Shekiba. C’est la tante de Rahima qui raconte le cruel le destin de cette aïeule qui servira d’exemple à Rahima. Aucun doute, Nadia Hashimi a un grand talent de conteuse !

Au XXIème siècle, c’est l’éducation qui permet aux femmes de ne pas se résigner à un avenir d’esclave mais comment aller à l’école lorsqu’on est femme, totalement privée de liberté et monnayable dès 12 ans ?

J’ai dévoré ce livre qui est d’une réalité effrayante mais ne verse jamais dans le larmoyant. C’est un hommage au courage. Au courage qu’il faut à ces femmes pour faire un pas vers la liberté (ce qui signifie fugue), surtout quant on connaît la sentence en cas de désobéissance. La maltraitance a remplacé la lapidation mais la brutalité est toujours là. Même sur la période contemporaine, la poussière moyenâgeuse est omniprésente. C’est aussi ce qui m’a emporté dans ce récit, cette façon terrible d’être hors du temps où comment l’auteur nous fait prendre conscience d’une terrible tradition immuable depuis des siècles, celle du matriarcat : une femme qui donne naissance à un fils est honorée, son enfant sera choyé et respecté … mais elle deviendra à sont tour une belle mère tyrannique.

Certes, on sait que la condition des femmes en Afghanistan est tout sauf enviable mais je vous assure que le récit des conditions de vie des jeunes filles afghanes en ce début de XXIème siècle est édifiant.

Ce livre a aussi le mérite de nous balayer un siècle d’histoire en Afghanistan, un siècle si proche pour un pays qui nous semble si lointain par ces coutumes. Alors la conclusion sera militante mais il faut partager ce livre et le faire lire encore et encore pour défendre l’accès à la dignité pour toutes les femmes.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Milady pour ce livre que je n’aurais sans doute jamais lu et cela aurait vraiment été dommage.

Jeanne Lanvin, Arpèges (Isabelle Mestre)

Arpèges

En ce moment, on parle beaucoup de la maison Lanvin qui fête cette année ses 125 ans et à cette occasion, s’est ouvert au Palais Galliera une exposition rétrospective … que je ne verrai d’ailleurs pas … mais là n’est pas le sujet.

De Jeanne Lanvin, je ne connaissais pas grand chose … je peux même avouer que mes connaissance se limitaient au parfum « Arpège » et que je ne savais même pas qu’elle était née il y a si longtemps … alors ce livre avait tout pour titiller ma curiosité.

Chronologiquement, les quasi 8 décennies de la vie de Jeanne Lanvin sont retracées. Jeanne Lanvin est née en 1867 dans une famille pauvre. Elle est l’ainée d’une fratrie nombreuse qu’elle quittera pour travailler dans un atelier de couture avant d’ouvrir sa première boutique de chapeaux et d’obtenir le succès que l’on sait.

Côté posititif, j’ai dévoré ce roman qui retrace un destin hors du commun. Côté négatif, j’ai été assez désemparée par l’emploi du « Je », comme si l’auteur se fondait dans son personnage mais je ne savais jamais si elle s’adressait au lecteur ou à un mystérieux monsieur rencontré sur l’hippodrome de Longchamp … ou si c’était tout simplement un long monologue.

Il y a beaucoup de délicatesse et d’élégance dans ce livre, c’est précis et ciselé comme de la haute couture mais il y a également une grande distance, une sorte de retenue froide qui ne m’a pas permis d’éprouver une grande sympathie pour cette femme stricte, exigeante et taciturne.

J’aurais bien aimé en savoir davantage, sur ses relations avec les autres, avec sa fille, ses couturières ou bien encore avec Gabrielle Chanel et du coup, la dernière page du livre tournée, cette femme reste pour moi (mais à priori pour tous ceux qui l’ont côtoyée) une énigme !

Voici un extrait page 143 qui en quelques lignes résume bien la distance que Jeanne Lanvin pose avec les autres … distance que j’ai ressentie en tant que lectrice également mais c’est sans doute aussi là que réside la réussite du livre.
« Quand elles montent dans le train, elle sont surprises de me voir. Je les salue. La distance que je maintiens est purement tactique, mais elle m’est devenue une seconde nature. Si j’accompagne une tournée, je n’en demeure pas moins lointaine, et quasi invisible ».

Je remercie quand même les éditions Le Passage et à Babelio pour l’envoi de ce livre.