Continuer (Laurent Mauvinier) – RL2016 #3

201603 lecture4

J’ai découvert Laurent Mauvinier avec « Des hommes », un roman sur l’Algérie qui me hante encore aujourd’hui. J’avais aussi été déçue par son dernier livre mais les nouvelles, définitivement ce n’est pas pour moi. J’hésitais donc à lire « Continuer » mais c’était sans compter sur l’insistance des libraires !

« Continuer », c’est l’histoire de Sybille, divorcée, qui a quitté Paris pour Bordeaux. Sa vie professionnelle n’est pas au top et son ado de fils Samuel est en décrochage total, scolaire et personnel. Alors que on père préconise le pensionnat, elle préfère partir quelques mois avec son fils au Kirghizistan pour un voyage à cheval.

J’ai retrouvé l’écriture de Laurent Mauvinier avec un immense plaisir, cette écriture qui transporte. Quand les chevaux galopent, les mots s’emballent, quand les chevaux s’enlisent, c’est une chape de plomb qui s’écrase sur le lecteur, quand le dialogue entre la mère et le fils devient inexistant, les mots sont précis à l’économie et tout cela provoque un bouleversement intense.

Le livre est émaillé de passages à la tension extrême et de scènes fabuleuses. Je vous invite d’ailleurs à aller consulter le blog de Christine qui a fait ce merveilleux voyage en pays Kirghize et a partagé avec nous des photos et des mots magnifiques (Christine, autant te dire que tous les regards que tu as su si bien capturer pensant ton voyage m’on suivi pendant toute la lecture).

Sinon, pour en revenir à l’histoire, au fil des chapitres, l’auteur distille par petites touches les éléments qui permettent de comprendre à quel point Samuel a décroché et l’immense souffrance de Sybille emmagasinée depuis des années.

Ce livre est à la fois un roman d’aventures, le parcours initiatique d’une mère et de son fils, une histoire d’amour maternel magnifique et la découverte d’un peuple, de cultures ou de coutumes aussi sages que barbares.

J’ai aimé Chanson douce, j’ai adoré L’insouciance mais là, c’est au delà des mots, c’est un énorme coup de cœur, un roman vertigineux, de ceux qui procurent une émotion intense, à lire AB-SO-LU-MENT !!!

L’insouciance (Karine Tuil) – RL2016 #2

201609 Lecture 3

L’insouciance c’est la vie de quatre personnages qui n’on à priori rien en commun et qui vont se retrouver plongés dans un même chaos. Romain Roller est soldat, il revient d’Afghanistan meurtri et lors d’un week-end de décompression (« sas de reconstruction ») à Chypre, il a un coup de foudre pour Marion, jeune journaliste qui a été sur le terrain. Marion Decker est mariée au riche PDG d’une entreprise de communication, François Vely, qui se retrouve piégé dans un scandale politico-médiatique. Osman Diboula, d’origine ivoirienne, ancien animateur social en banlieue est devenu conseiller auprès du président de la république ; au nom de la diversité, il a quitté « le ghetto pour le gotha ». Le destin de ces quatre personnages va se croiser et à partir de là, plus rien ne sera jamais comme avant.

C’est dans un véritable tourbillon que nous entraîne Karine Tuil. Elle aborde ici des thèmes comme le communautarisme, la fracture sociale, la guerre et ses dégâts collatéraux, le pouvoir ou bien encore le rôle omniprésent de l’image dans notre société mais surtout l’identité.

Comme dans son précédent roman « L’invention de nos vies » son style est vif, terriblement énergique ! La puissance narrative en fait un roman palpitant dans lequel les chapitres s’enchaînent comme les épisodes d’une série télé, c’est totalement addictif. Ce livre est terriblement d’actualité, surtout lorsque l’auteur aborde le terrorisme, l’antisémitisme, l’intégration ou bien encore les réseaux sociaux.

Ce livre décrit un monde, notre monde, terriblement complexe et violent … et bien loin de l’insouciance. De façon parfaitement maitrisée, Karine Tuil brosse un tableau sans concession et terriblement lucide de notre société.

Le lundi c’est ciné #13 : Victoria

201609 Victoria

Victoria (Virgine Efira) est avocate. Elle élève seule ses deux filles dont le père est absent. Victoria est passablement débordée même son baby-sitter n’en peut plus et la largue. Dans le même laps de temps, elle doit défendre un ami (Melvil Poupaud) accusé de meurtre par une folle, recrute comme baby-sitter un ex-dealer (Vincent Lacoste) qu’elle a défendu il y a quelque temps et apprend que son ex-mari dévoile sa vie privée sur un blog à succès … sa vie vire au chaos !

Voilà en quelques mots les première minutes de ce film mené tambour battant. Ce n’est pas totalement dramatique et pas vraiment une comédie mais il y a une belle énergie dans ce film au final assez romantique, histoire(S) d’amour, de justice et d’amitié. Les acteurs sont justes, les personnages bien construits (même les plus farfelus) et Virgine Efira trouve là sans doute son premier grand rôle …

C’est réjouissant et en même temps, cela porte à réflexion, dans un monde où tout va à 100 km/heure, difficile de conscilier vie de femme, de mère et professionnelle  !

Chanson douce (Leila Slimani) – RL2016 #1

201609 Lecture

Chanson douce … ne vous fiez pas au titre de ce livre dont la première phrase est « Le bébé est mort ». Dès le premier chapitre, le décor est planté. Horrible, deux enfants sont morts, tués par Louise, leur nourrice.

Dans un livre Mi-polar, mi-roman, Léila Slimani s’emploie à relater les mois qui ont précédé le drame, à disséquer les faits et à analyser les relations entre les personnages pour nous aider à comprendre les circonstances qui ont mené à ce carnage.

Myriam, avocate a cessé de travailler pour s’occuper de ses enfants Mila et Adam. Elle a mis en veille sa vie de femme, sa vie professionnelle et même sa vie sociale au profit de ces deux enfants qui l’usent. Un jour, elle rencontre un de ses camarades d’études qui lui propose de retravailler avec lui. Avec Paul (son mari) ils embauchent donc Louise qui semble être la nounou parfaite.

L’écriture de Leïla Slimani est brillante. Simple et ciselée, parfaitement efficace. Au fil des pages, l’angoisse s’installe, la menace est oppressante et le malaise s’immisce dans le couple autant que chez le lecteur.

L’auteure évoque la difficulté de mener de front carrière professionnelle et vie de famille mais également avec beaucoup de pudeur la vie des nounous, leurs rencontres dans les parcs alors qu’elles gardent les enfants, le sort de ces femmes, souvent immigrées, sans doute par toujours déclarées, parfois même sans papier. Ces femmes qui rentrent dans l’ombre dès que les parents, sortis du travail reprennent possession de leurs foyers. Certains de ces passages m’ont rappelé le livre de Colombe Schneck sur les femmes de ménages (Soeurs de miséricorde).

J’ai moins aimé le rapport au temps, assez incertain dans le livre, les semaines, les mois ou les jours s’écoulent sans que l’on ait une chronologie bien définie. Et puis, je crois que j’aurais aimé en savoir davantage sur Louise, sur un éventuel procès qui dissèquerait à son tour les événements … mais c’est peut-être tout simplement par frustration d’être arrivée au bout trop vite et sans doute le parti pris de l’auteur de garder un certain recul et une neutralité rapport à ses personnages.

Voilà un livre percutant et très perturbant !

Trois chevaux (Erri de Luca)

201609 lecture2

Trois chevaux, un petit livre ressorti de ma PAL dans une tentative désespérée de la faire baisser. Un livre que j’ai sans aucun doute acheté à cause de l’auteur … mais surtout du titre. Un livre dont je ne savais rien … qui ne parle absolument pas de chevaux, mais dont le titre est issu d’une phrase « Une vie d’homme dure autant que celle de trois chevaux et tu as déjà enterré le premier ». Une phrase belle et poétique, une des nombreuses que contient ce court récit.

Le narrateur, d’origine italienne rentre au pays après avoir passé des années en Argentine (sa première vie donc). Opposant à la dictature militaire argentine, sa femme a été assassinée et jetée à la mer. Dans sa seconde vie, il est jardinier, en Italie et rencontre la belle Laila qui fait commerce de son corps. Il se lie aussi d’amitié avec Selim, un éleveur africain.

Trois chevaux c’est une histoire de passion, d’amitié, de souvenirs que le narrateur conjugue au présent (ce qui demande au lecteur un peu d’adaptation et ce d’autant plus qu’il n’y a ni date, ni lieu) ou de rapport à la nature (sous la plume d’Erri de Luca les gestes les plus simples du quotidien prennent une tout autre dimension).

L’écriture est sobre, précise, souvent teintée de poésie. L’émotion, tout en retenue est sans cesse présente dans ce beau texte, plus évocateur que narratif. L’histoire de cet homme rescapé d’une dictature à qui il reste deux vies est assurément magnifique.