L’armoire des robes oubliées (Rükka Pulkkinen)

201707 Lecture 2

2014, Helsinki, Eva est atteinte d’un cancer foudroyant. Son mari Martti, sa fille Eleonoora et ses petites filles Anna & Maria se relaient à ses côtés pour adoucir ses derniers jours. De ces moments douloureux naissent des rapports privilégiés et Anna découvre que derrière la façade du mariage heureux de ses grands-parents se cache un drame. A l’ouverture d’une armoire, la découverte d’une robe oubliée fait resurgir le passé et la vérité se révèle.

1964 : Elsa est une psychologue de renommée internationale, Martti son époux un artiste peintre reconnu. A l’aube des années 1970 et de la libération de la femme, ce jeune couple en vogue voyage beaucoup, a une vie mondaine intense et délaisse la petite Anna. Eeva, jeune étudiante entre alors à leur service pour s’occuper de l’enfant.

L’auteure, avec beaucoup de poésie et de délicatesse mêle l’amour et la mort, les choses graves et légères, décrit des femmes alternativement fortes et faibles mais ce roman n’est jamais triste, il est juste et touchant.  Rükka Pulkkinen décortique à merveille les relations entre ces femmes, la filiation mère-fille, la transmission grand-mère-petite-fille. Chacun de ses personnages a ses failles et ses qualités et il y a beaucoup d’empathie, d’humanité et de respect dans ces lignes.

La construction de l’intrigue est parfois complexe avec l’alternance passé-présent et le parallèle entre les vies d’Elsa et d’Anna emporte parfois le lecteur dans des confusions mais c’est aussi l’intérêt de ce roman … se laisser porter par le récit.

Pour finir, il y a la Finlande, ses paysages magnifiques, cette lumière que l’on imagine étrange, les sapins, les sauna … la littérature venue du froid ne se limite pas aux polars alors ne boudons pas notre plaisir.

« Mais maintenant, je suis devant cette porte et je sonne. Plus tard je comprendrai que ma vie, toute nouvelle, commence justement ici. Peut-être qu’on peut déjà en voir la fin, dès la porte. Mais c’est le commencement, et le commencement ne veut pas entendre parler de la fin »

Joie (Clara Magnani)

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Gigi est un cinéaste Italien reconnu ; nous sommes en 2014, il a 70 ans et en fin d’été, son cœur s’arrête. Une mort rapide, sans douleur, comme il l’avait toujours souhaitée se souvient sa fille Elvira. Quatre ans plus tôt, Gigi rencontre Clara, jeune critique de cinéma belge qui ne cède pas aux avances du latin lover. Lui reste cependant persuadé que cette femme et lui ne partagerons pas que la passion du cinéma. Il a raison ; ces deux là connaîtront une merveilleuse « maturelove » et seront unis par des sentiments forts, secrets, empreints de raison et de respect pour leur famille respective.

J’ai adoré le délicieux parfum de liberté et d’optimisme qui se dégage de ces pages. L’adultère n’est pas pris à la légère mais il y a une sérénité dans ce livre qui m’ont fait un bien fou, une si belle illustration que que « L’amour s’impose à tous les âges » et que la complicité est un bien précieux.

Clara entame un « journal d’absence », s’adressant d’abord au disparu puis à Elvira sa fille  qui découvre au travers d’un manuscrit destiné à Clara cet amour, clandestin certes, mais tellement lumineux et heureux. Les trois modes narratifs s’imbriquent alors merveilleusement.  La pudeur est infinie dans ces pages ou le jugement n’est jamais présent et c’est simplement beau, comme le titre « Joie ».

On a beaucoup disserté sur l’auteur qui reste anonyme : coup de pub ? histoire d’adultère ? envie de rester secrète ? et si c’était un auteur ? … peu importe là n’est pas l’important, c’est un livre solaire, un roman au charme fou sur l’amour simple, le manque, l’attente … coup de coeur !!

Vango (Timothée de Fombelle)

201706 Lecture 2

Lire Vango ou comment réveiller son âme d’enfant en deux volumes. Lire Vango c’est redécouvrir avec délice les plaisirs de lecture quand petite je dévorais les romans d’aventure d’Alexandre Dumas ou de Jules Verne.

Mais voilà, c’est fini, je viens de dévorer les deux tomes de la sage signée Timothée de Fombelle. Je ne sais même pas par quel bout commencer cette critique tellement ces deux livres sont denses !

Vango est un jeune orphelin au destin extraordinaire dont on va découvrir la vie au fil des pages. Le premier tome « Entre ciel et terre » débute en 1934. Notre Dame de Paris, Vango s’apprête à prononcer ses vœux quand le père Jean est retrouvé assassiné. En deux pages, voilà Vango en train de courir sur les toit de Paris et de disparaître des radars du commissaire Boulard. Le lecteur part lui à la rencontre de ce mystérieux Vango dans les îles Eoliennes en 1918 puis en Ecosse, en Allemagne … et partout en Europe, dans cette Europe en pleine mutation au sortir de la première guerre mondiale. Attention qui dit roman jeunesse ne veux pas dire facile ou infantilisant. Les personnages sont nombreux, il faut suivre mais surtout c’est une belle façon de revisiter notre histoire. Les références au Graf Zeppelin entre autres sont fascinantes.

Le second tome « Un prince sans royaume » n’est pas en reste et décortique le second conflit mondial. La guerre, le fascisme, la résistance, les juifs … autant de sujets vus et revus mais abordés ici d’une façon réellement différente. C’est quand même agréable de se dire que ce livre destiné à la jeunesse apporte un éclairage nouveau et passionnant de notre histoire contemporaine qu’il ne faut surtout pas oublier …

Au fil des deux tomes, les personnages s’étoffent, réservent de belles surprises et ils sont tous extrêmement vivants, pour le meilleur ou pour le pire ! J’ai trouvé dans ces livres du romanesque, du mystère, de l’aventure, de l’intrigue … ça fait un bien fou !!

Côté style, c’est redoutablement efficace, fluide, parfois poétique, jamais ennuyeux, bon, j’arête là, IL FAUT le lire !!

Mai en automne (Chantal Creusot)

Lecture 201706-1

Un fois n’est pas coutume, je vous livre la quatrième de couverture. « C’est beau comme un classique. Avec une grande limpidité de style, l’auteur brosse une fresque des mœurs provinciales dans le Cotentin pendant et après la seconde guerre mondiale. Marie, la servante tragique, Solange, mariée à Simon qui ne l’aime plus, Hélène l’épouse volage du procureur, sont parmi les héroïnes de ce roman qui exalte les passions secrètes et les désastres tranquilles de personnage englués dans la fatalité. Captivant ». (Claire Julliard)

« Mai en Automne » c’est 20 ans de la vie de plusieurs femmes, à l’aube de la seconde guerre mondiale et jusqu’aux années 50. Chantal Creusot brosse avec beaucoup de justesse les destins croisés de familles provinciales issues de toutes les couches sociales. De la ville à la campagne, de la fille de ferme à la femme bourgeoise du médecin ou volage du procureur, tous ont en commun une vie étriquée par le poids convenances de l’époque.

La vie de toutes ces femmes est faite de passions et de désillusions, de désirs et de trahisons, de bonheurs et de deuils et tout cela sert une fresque provinciale pleine de finesse et de sensibilité … il y a du Flaubert et du Maupassant dans ces pages. Cette délicate sensation de limpidité : chaque ligne est précise, chaque mot juste, quelle élégance dans cette écriture !

C’est un livre qui se mérite, mais les classiques se méritent. Les protagonistes sont nombreux ce qui peut rendre la lecture un peu difficile mais vraiment, cela vaut le coup de se laisser porter par ce très beau roman fresque.

Le dimanche des mères (Graham Swift)

201705 Livre

Vous avez aimé Downton Abbey ? vous allez adorer le dimanche des mères.

Nous sommes en 1924, dans le Berkshire, au milieu de familles aristocratiques. On sent néanmoins que la première guerre est passée par là, que les temps ne seront pus jamais les même mais il y a une tradition qui perdure, c’est celle du dimanche des mères.

Les employeurs offrent donc une journée à leurs domestiques. Jane a 23 ans, elle est servante … et orpheline. Son dimanche des mères, elle va le passer dans les bras de Paul, fils d’une riche famille bourgeoise, son amant depuis sept ans, juste avant que celui ci ne se marie avec une jeune fille de son milieu.

Graham Swift peint en quelques mots un tableau d’une rare précision, tout en délicatesse et en évocations.

Comment peut-on raconter autant de détails en aussi peu de pages ? Comment peut-on raconter autant d’histoires en une seule journée ? Comment une vie peut-elle basculer en quelques heures ? Comment peut-on être une femme aussi libre en 1924 ?

C’est sensible et sensuel, lumineux et enchanteur … je l’ai lu il y a quelques temps, il était grand temps que je vous en parle, à lire absolument !