Intrigue à l’anglaise (Adrien Goetz)

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Voilà un petit livre qui trainait dans ma PAL depuis des lustres. Pénélope, fraîchement diplômée, prend son premier poste en tant que conservatrice du musée de la tapisserie de Bayeux. A peine a t’-elle pris ses fonctions que la directrice du musée est agressée, qu’on lui demande d’enquêter sur un fragment disparu de la fameuse tapisserie et qu’on lui dérobe un mystérieux colis qu’elle est chargée d’arracher dans une vente aux enchères.

J’étais partie pour lire un polar sur fond historique, un de ces livres lus en quelques heures parfait pour entrecouper deux pavés et voilà que je me suis retrouvée avec un livre prétentieux et souvent ennuyeux ! L’auteur, visiblement très érudit nous embarque dans des méandres historiques et artistiques qui m’ont complétement dépassée et l’intrigue est plus que légère, voire rocambolesque.

Je ne saurais même pas dire si c’est crédible ou pas, tellement cela m’a semblé fantaisiste. Le mélange des références du XXème siècle à la mort de Lady Diana m’a carrément agacée et même si les passages relatant l’élaboration de la fameuse tapisserie de Bayeux sont passionnants, le tout manque de cohérence.

Le style est sec, et l’auteur laisse souvent le lecteur dans le flou quant aux dialogues (mais qui parle ?) … bon, vous l’aurez compris, je suis complétement passé à côté de ce livre qui m’a fait l’effet d’un mauvais téléfilm de l’après midi !

On s’est déjà vu quelque part ? (Nuala O’Faolain)

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« On s’est déjà vu quelque part ?» est l’autobiographie de Nuala O’Faolain, irlandaise née en 1940. C’est un livre très personnel et intime puisque Nuala O’Faolain y regroupe ses mémoires, de son enfance, à sa vie journaliste en passant par ses années d’étude et sa jeunesse.

Elle nous raconte son enfance à Dublin, au sein d’une famille nombreuse, entre une mère dépassée par des maternités successives et rongée par l’alcool et un père journaliste, peu préoccupé par sa famille. Sauvée par les livres … (et un peu par la chance) elle fera des études qui lui permettront d’échapper au destin des femmes irlandaises à une époque où la religion dictait leur vie.

Nuala O’Faolain nous livre sans fard ni paillette, ses expériences, tant personnelles que professionnelles dans l’Irlande de la seconde moitié du XXème siècle, pays coupé en deux, étouffé par les conventions et dans lequel le féminisme et la modernité ont eu bien du mal à émerger.

Elle même, malgré ses études, son passage par l’Angleterre, son indépendance et son anticonformisme a grandi selon un schéma patriarcal dictant qu’une femme doit fonder un foyer et y rester, schéma duquel elle est restée bien longtemps prisonnière.

Ce livre a été un succès énorme a sa sortie comme en témoignent les lettres publiées en postface. C’est un vibrant hommage à l’Irlande et l’honnêteté de l’auteure y est incroyable. Le revers de la médaille c’est que ce n’est pas du tout romancé, parfois ardu et qu’au milieu du livre, je me suis un peu sentie comme Nuala : perdue. Mais cela vaut le coup de s’accrocher car c’est un livre bouleversant et tellement authentique !

PS : Une fois encore, je ne peut que saluer l’intuition et l’exigence de Sabine Wespieser qui sait dénicher des auteurs rares … et qui a sélectionné Nuala O’Faolain pour sa nouvelle collection « poche » !

Le lundi c’est ciné #10


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il y a longtemps que je n’avais pas vu un film de Claude Lelouch au cinéma … Et peut être même à la télé !

L’histoire tient en quelques lignes : un compositeur célèbre part en Inde pour réaliser la musique d’un film. Il y rencontre la femme de l’ambassadeur et au fils des jours, ces deux là vont passer beaucoup de temps ensemble. Un homme, une femme, Lelouch …

Alléchée par l’affiche, l’Inde et l’idée de découvrir un Jean Dujardin version Lelouch  je me suis laissée embarquer par cette histoire d’amour (à la Lelouch) avec plaisir. Elsa Zylberstein est juste et ravissante, Jean Dujardin est terriblement séduisant et l’Inde filmée sans excès, ni de couleurs ni de pitié …
La fausse note pour moi c’est Christophe Lambert que j’ai trouvé insupportable …

Il y a de l’humour, de la tendresse, de l’émotion … et quelques clichés … mais la lumière est magnifique et la mise en scène reste très sobre ce qui au final faute de faire un grand film reste une jolie comédie romantique sans prétention.

La couleur de l’eau (Kerry Hudson) – RL 2015 #7

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Dave est vigile dans un magasin de luxe londonien. Un jour, il laisse filer Alena, une jeune fille russe bien qu’elle ait volé une paire de chaussures, persuadé que la jeune fille n’a rien de commun avec les habituels faucheurs. Quand elle le retrouve à la sortie de son travail, il sait déjà que sa vie va en être bouleversée. Ces deux êtres déjà très abîmés par la vie malgré leur jeune âge, ont en commun un fort sentiment de survie et l’énergie du désespoir et vont apprendre à s’apprivoiser. Entre Dave le discret et aiseux jeune homme issu d’une banlieue populaire et Alena, la jeune fille reçue venue en Europe alléchée par la promesse d’une vie meilleure, rien ne sera simple. Au fil des jours (et des pages), ils vont tenter de mieux se connaître et le lecteur de découvrir leurs secrets.

Fidèle à mon habitude, je ne vous en dirai pas davantage afin de vous laisser gagner par les surprises dès les premières pages. Leur histoire individuelle est hélas d’une grande banalité et il n’y a aucun sentimentalisme dans ce roman, Kerry Hudson faisant même preuve d’un réalisme souvent cru, heureusement ponctué de passages beaucoup plus romantiques et poétiques. Bizarrement, ce livre m’a rappelé l’écriture de Sofi Oksanen par sa brutalité.

Il n’y a pas de jugement de la part de l’auteure, et beaucoup de justesse et de finesse dans ce roman pour décrire ce quotidien brutal. Il y a aussi quelques incohérences et la construction du livre (alternance passé – présent, Dave – Alena) est au début un peu déroutante mais je l’ai lu avec avidité. Encore un bémol mais la toute fin de l’histoire est à mon sens décevante … enfin, comme ce ne sont que les ultimes pages, c’est un beau roman !

La couleur de l’eau de Kerry Hudson a reçu fin 2015, le prix Fémina du roman étranger.

Le lundi c’est ciné #9

L'attente

Lundi dernier, à la faveur d’une semaine plus calme, j’ai retouvé le chemin qui mène à mon cinéma. temps pourri, le cinéma est à deux portes de chez moi, aucune excuse. J’hésite entre l’Herminione et l’attente, Luchini ou Binoche … je ne réfléchis pas, je choisis la seconde !

Nous sommes en Sicile, dans une immense villa. Anna, inconsolable, vient d’apprendre le décès de son fils Giuseppe. La maison est en deuil, des rideaux noirs sont posés sur tous les miroirs, l’ambiance est lugubre, pesante. Le téléphone sonne. C’est Jeanne, la petite amie de Guiseppe qui, en réponse à l’invitation de ce dernier annonce son arrivée. Anna ne lui avoue pas pas la mort de son fils. Jeanne arrive, elle lui explique qu’il s’est absenté quelques jours, et qu’il sera là pour la procession de Pâques … et c’est l’attente du moment où Anna dira la vérité à Jeanne.

Je suis arrivée 2 minutes en retard dans la salle et pendant tout le film, je me suis demandée si les premières minutes avaient été cruciales. Visiblement non, et « L’attente » c’est aussi (et surtout) celle du spectateur. Juliette Binoche (Anna) est impressionnante, toute en délicatesse dans la douleur, sans fard, en noir et dans le déni. Lou de Laâge (Jeanne) découverte dans « Jappeloup » est parfaite en jeune fille qui sens bien que l’atmosphère est tout sauf normale mais qui se laisse manipuler par cette belle mère qu’elle découvre (et qui la découvre).

Nous voilà parti pour un huis clos – sur la puissance du mensonge et de la croyance – que je ne caractériserai pas de long ni d’ennuyeux puisque la séance passe quand même vite (sans doute la mystère et la poésie des images m’ont aidé à tenir) mais j’ai attendu … en vain. J’ai attendu que ce film sophistiqué, follement esthétique démarre … j’ai attendu … mais rien n’est advenu !

L’attente de Piero Messina avec Juliette Binoche et Lou de Laâge.
Durée 1h41 – Sorti le 16 décembre 2015.