Le tour du monde du roi Zibeline (Jean Christophe Rufin) – RL2017 #7

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La petite et la grande histoire, le souffle de l’aventure, une pointe de romanesque … laissez vous embarquer par l’histoire merveilleuse du roi Zibeline et de son épouse Aphanasie et partez pour un tour du monde, à une époque où celui-ci reste à découvrir !

Jean Christophe Rufin s’inspire ici de de la biographie d’Auguste Benjowski, soldat, voyageur, aventurier, écrivain … et roi de Madagascar ! Cet homme né dans la première moitié du 18ème siècle, a reçu l’enseignement d’un esprit éclairé des lumières qui lui a inculqué les idées de Voltaire et de Rousseau ; il fut parmi les premiers européens à naviguer autour du monde.
Voilà pour la partie historique du roman et je vous engage à vous référer à la carte du monde en fin d’ouvrage au fil de votre lecture. Jean Christophe Rufin bâtit son livre en amenant Auguste et sa femme à demander audience à Benjamin Franklin, celui-ci, les écoutera pendant plusieurs jours, fatigué mais subjugué par les récits alternatifs des époux … et le lecteur aussi !!

D’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre même, leur vie mouvementée nous plonge dans le siècle des expéditions, celui où les voyages se faisaient en bateau ou à pied, au rythme du vent et des saisons. Nous voilà donc partis à la découverte du monde, à la naissance des colonies, dans un monde de complot où la diplomatie commence à prendre tout son sens.

Ce roman est aussi une belle histoire d’amour entre Auguste et la pétillante Aphanasie, un couple inspirant et attachant ! Mais ce serait dommage de se cantonner à cela, Jean Christophe Rufin en profite tout ce même pour nous distiller quelques réflexions sur le monde, la colonisation, l’importance de l’apprentissage et de la transmission intellectuelle.

C’est merveilleusement bien écrit, d’une écriture classique, élégante et fluide, j’ai eu l’impression de lire du Dumas, de replonger dans l’épopée de Sibérie de Michel Strogoff ou d’imaginer Aphanasie en Angélique, Marquise des anges, ce livre est tout simplement une bouffée d’air frais, un grand bonheur de lecture !

Une apparition (Sophie Fontanel) – RL2017 #6

201711 Livre

Je n’ai pas pour habitude d’être très critique avec  les livres que je lis, pourtant, je ne chronique pas que ceux que j’aime … disons plutôt que les choisis bien.

Celui là est l’exception à la règle ! J’aime beaucoup l’univers de Sophie Fontanel. J’ai aimé la journaliste à ses début sur C+, son impertinence avant l’heure, sa spontanéité. J’ai apprécié son livre précédent « La vocation » mais là, impossible d’adhérer à son dernier roman sur le thème capillaire.

Sur le papier, le sujet avait tout pour me plaire. Je laisse petit à petit mes cheveux blancs venir, j’avoue un balayage de temps en temps mais pas de couleur … bref, le chemin de croix de Sophie, qui est presque ma copine à force de posts sur Instagram, m’intéressait. C’était sans compter sur le fait qu’elle en ferait des tonnes, à coup d’envolée lyriques qui retombent comme des soufflés et surtout sans trop de tolérance … étrange non ? Après avoir cédé aux dictats de la couleur, Mme Fontanel voudrait nous imposer celui du gris, blanc ou gris blanc naturel sous prétexte de nous libérer !!

Je suis quand même allée au bout de ce livre qui se lit vite; c’est écrit gros, le papier est de qualité (cela donne l’illusion d’épaisseur au livre) et de chapitres en chapitres, les demi-pages sont nombreuses.

Bref, C’est un gros coup marketing, un roman lancé à grand renfort de selfies sur IG mais trop c’est trop, je suis à l’overdose de gris et de coiffures désordonnées !!

Changer de vie, oui … mais …

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Est-ce bien raisonnable de croire que l’herbe est plus verte dans le pré d’à côté ? Si j’en crois les articles qui fleurissent un peu partout dans la presse et les reportages, il est de bon ton de quitter la ville pour la campagne et d’abandonner un travail stressant pour une activité en accord avec soi-même. Ouvrir un restaurant, un salon de thé ou un atelier de créateurs … voilà autant de projets qui font rêver  … mais c’est parfois plus compliqué que ça !

Peut-on vivre de ses gâteaux vegan ou de son tricot ? Peut-on balayer des années d’études pour un CAP ? Je pense que nous avons tous dans notre vie des caps difficiles à passer et des envies de nous réinventer. Que celle ou celui qui n’a jamais eu envie de tout envoyer balader à un retour de vacances me jette la première pierre !

J’ai eu la chance dans ma vie professionnelle d’avoir à gérer des projets d’entreprises passionnants. A 30 et quelques années, j’ai changé de métier mais pas d’entreprise, je me suis éclatée ! A 40 ans, j’avais un job passionnant mais usant, je suis passée au bord du burn-out et j’ai eu envie de changer de vie. Au diable les lourdes responsabilités, les réunions à pas d’heure, mes 50 heures hebdomadaires ;  avec mon compagnon nous avons créé notre très petite entreprise.

L’effervescence du projet, la liberté, la nouveauté … tout me semblait tellement mieux. Seulement, très vite j’ai été rattrapée par le quotidien. Certes, je n’avais de comptes à rendre qu’à moi-même, j’étais mon propre boss mais à quel prix  !!! De 50 heures, j’étais passée à 70 heures, les problèmes de trésorerie me minaient. Notre affaire était florissante … en apparence. Avoir un commerce, c’est payer pour tout et n’avoir droit à rien. Ajoutez à cela qu’avoir un restaurant, c’est en plus signer pour une vie parallèle à celle des gens que tu aimes. C’est travailler pour le loisir des autres, c’est avoir du temps libre quand il n’y a rien à faire … c’est avant tout consacrer les quelques heures de libre à faire ce qu’il couterait trop cher de sous-traiter. C’est faire une croix sur les vacances car les congés payés n’existent plus, c’est bosser le double quand tes salariés prennent des vacances … bref, me concernant, je crois qu’élever des brebis en montagne au fond d’une vallée des Pyrénées aurait été moins épuisant.

Les aléas de la vie ont fait que j’ai renoncé à cette pseudo-liberté d’être à son compte. J’ai retrouvé une activité salariée. Aujourd’hui, je gagne deux fois moins que dans mon ancienne vie de salariée mais je mesure la chance d’avoir des journées décentes, des véritables WE, et des congés payés (oui, ça fait très front populaire mais quelle avancée …) et de laisser les soucis à mon patron.

Alors je ne veux pas décourager tous ceux qui sont prêts à tout plaquer pour une vie meilleure mais simplement les inviter à être réalistes et alors que je vois fleurir les articles sur des expériences heureuses (et je suis sûre qu’il y en a) … je voulais simplement apporter mon bémol sur ce mirage d’une vie meilleure.

Le jour d’avant (Sorj Chalandon) – RL2017 #5

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Quand Sorj Chalandon ré endosse le rôle de journaliste et revient sur la catastrophe de Liévin et ses 42 mineurs morts, cela donne « Le Jour d’avant », un magnifique hommage, une bouleversante enquête pleine d’intrigues et de surprises jusqu’à la dernière page !

Le 27 décembre 1974, comme tous les matins depuis qu’il a décidé contre l’avais familial de devenir mineur, Joseph descend au fond de la fosse numéro 3. Il restera au fond, avec quelques quarante autres mineurs. Quarante ans plus tard, Michel, son frère cadet qui a échappé à ce destin de mineur, qui a réchappé au poumon industriel qui dévore les hommes reste traumatisé par la disparition de ce grand frère adulé et revient enquêter sur ce qui aura été la dernière grande tragédie minière du siècle dernier.

Sorj Chalandon construit un roman terrible en mêlant fiction et réalité. Dès les premières pages l’immersion dans les années 1970 est percutante. On retrouve la sensibilité et l’humanité de l’auteur du Quatrième mur, ici, il nous raconte l’impuissance des « petits » face à la justice, le poids des traditions dans les familles ouvrières, la culpabilité et la vengeance. Cela se lit comme un polar psychologique, se dévore même !

C’est magnifiquement écrit, un très beau roman, émouvant, puissant et fort.

La beauté des jours (Claudie Gallay) – RL2017 #4

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Jeanne a quarante ans. Elle mène une vie tranquille (trop ?) et rangée auprès de son mari. Ils vivent en Isère, dans un pavillon modeste.  Leurs filles jumelles sont étudiantes et ont quitté le nid familial. Jeanne travaille à la Poste, sans regret mais sans passion non plus … Jeanne a aussi une amie de longue date qui vit des moments difficiles et ces deux-là replongent parfois en adolescence. Jeanne a des habitudes, une vie routinière mais Jeanne voue aussi depuis son adolescence un véritable culte à Marina Abramovic, artiste contemporaine un peu déjantée et sa fascination pour cette artiste la pousse à sortir de sa gentille vie pour se comporter avec fantaisie, voire étrangement. C’est ainsi qu’il lui arrive de suivre des inconnus dans la rue, de faire des paris sur les clients qui passent à son guichet … et de se créer sa propre performance en sortant de sa zone de confort.

Je me suis retrouvée en Jeanne, être face à des dilemmes, avoir envie de tout bouleverser puis avoir peur, se dire que l’on regrettera … la vie est faite de choix et le quotidien qui peut sembler étriqué offre finalement un bonheur ordinaire, une infinité de petits rien qui font le sel de la vie, la beauté des jours et qui n’ont pas de prix pour qui prend la peine de bien les regarder.

L’écriture Claudie Gallay est simple, belle et lumineuse. Phrases courtes, descriptions minutieuses, personnages soignés, tout cela contribue au charme et à l’émotion qui se dégagent au fil des pages.  Jeanne … je ne sais pas si c’est le prénom, l’ambiance du livre, la maison sans prétention joliment fleurie auprès de la voie ferrée mais toujours est-il que j’ai perpétuellement eu besoin de me ramener vers 2017 tant j’avais l’impression d’être dans les années 1980 et j’ai flotté ainsi, souhaitant que ce livre ne se termine jamais …