L’île des chasseurs d’oiseaux (Peter May)

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Fin Macleod est inspecteur de police en Ecosse. Alors qu’il reste très marqué par la mort de son fils unique de 8 ans, qu’il se débat dans une vie de couple mise à mal par cette tragédie, il est appelée à enquêter sur un meurtre commis sur son île natale : l’île de Lewis.

L’histoire se construit petit à petit, tant autour de l’enquête qu’au fil des confidences et des souvenirs de Fin sur son enfance. L’intrigue policière ne fait pas l’essentiel du livre, le sel de ce roman c’est ce puzzle qui se précise de chapitre en chapitre, on découvre des souvenirs douloureux, des traditions ancestrales malheureuses et l’alternance présent / passé ou je / il sert magistralement le récit.

Voilà le genre de roman policier que j’aime. Assez peu de violence finalement (même si celle contenue dans les mots et les situations est latente en permanence), le premier tome de cette trilogie est aussi le récit d’amours contrariés et surtout un magnifique hommage à l’Ecosse, à ses paysages, à ses habitants ou à ses coutumes.

Au fil de ma lecture, j’ai effectué des recherches sur les îles du nord de l’Ecosse et je n’avais qu’une envie : découvrir ces paysages à la beauté sauvage magnifiés par les descriptions de l’auteur.

Une histoire sombre et tourmentée, une atmosphère noire et brumeuse, un suspense maitrisé de bout en bout, coup de cœur et vite, la suite !!

Isabelle Bruges (Christian Bobin)


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Il y a des années, j’ai tenté de lire Christian Bobin. C’était dans une autre vie, conseillée par un des rares petits copains (oui, on disait comme ça à l’époque) avec qui je pouvais disserter littérature. Je m’égare mais ce ne devait pas être le bon moment (ni le bon copain 😉 ) puisque je n’ai pas réussi à adhérer à son univers. J’avais souvenir de phrases hachées (ce qu’aujourd’hui je traduirai pas un style simple et épuré) et de longueurs.

Sur les conseils de Yuko (multiples fois réitérés), j’ai lu « Isabelle Bruges » et je ne peux que la remercier car je me suis vraiment laissée emportée par cette histoire avec énormément de plaisir.

Une famille sur la route. Les parents devant, les trois enfants derrière : Isabelle l’ainée, Anne et Adrien sa fratrie. Il pleut.  La famille fait un arrêt dans une station service et les parents repartent … sans les enfants qu’ils abandonnent avec une lettre expliquant que la mère est atteinte d’un cancer du cerveau et qu’ils préfèrent fuir. Isabelle lit cette missive, la déchire et interpelle une vieille dame qui les recueillera pour un soir … et d’autres.

J’en ai déjà trop dit mais cette dame un peu perchée va les accueillir, leur raconter sa vie, leur présenter son fils et tout ceci sera le point de départ d’une belle histoire empreinte de poésie et de délicatesse.

Voilà un livre qui ne peut se résumer à ces quelques lignes, un livre charmant, une histoire touchante … un livre rempli de passages qu’on voudrait noter puis non, juste se contenter de les lire et de les relire.

Yuko, un grand merci pour cette belle découverte et à toutes celles qui ne l’ont pas lu, je dis que c’est à lire absolument !!!

Les désorientés (Amin Maalouf)

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Les désorientés sont ces amis inséparables, joyeux, intelligents … et utopiques qui ont quitté leur orient dans les années 1970. Ils sont juifs, chrétiens ou musulmans et se retrouvent 25 ans plus tard en hommage à Mourad, un des leurs qui vient de mourir. Ces retrouvailles seront l’occasion d’évoquer leurs souvenirs, de parler d’un pays (le Liban, même s’il n’est jamais nommé), de leurs différences culturelles, de leur engagement, de leur choix face à la guerre et de leur parcours, de confronter ceux qui sont partis et ceux qui sont restés.

Adam, arabe chrétien est le narrateur. Il a fui son pays pour s’installer en France et le récit alterne entre « je » (son journal intime dans lequel leurs conversations passionnées sont magnifiquement retranscrites) et le « il » de la narration. Ce procédé permet à l’auteur de ne jamais juger aucun de ses personnages et surtout de ne rien imposer au lecteur. Il y a ce que croit Adam et ce que pensent les autres … ou vice-versa …

C’est un livre qui suscite énormément de réflexions sur l’exil, la guerre, l’amour, la fidélité, les religions, l’amitié, nos racines … sans apporter de réponse mais qui impose de s’ouvrir aux autres. C’est un roman choral magnifique, intelligent, servi par une écriture fine et précise, de ceux qui ne se lisent pas forcément facilement, qui se dégustent. On ressent énormément de nostalgie de la part de l’auteur, voire une certaine souffrance devant les déchirures subies par son pays mais surtout une très grande pudeur. Un livre que je conseille à tous ceux qui ont aimé « Le quatrième mur » de Sorj Chalandon.

Voici quelques en quelques lignes extraites de deux passages qui m’ont vraiment interpelée :

« Mon meilleur ami parmi les musulmans, c’était Ramez ; mon meilleur ami parmi les juifs, c’était Naïm ; et mon meilleur ami parmi les chrétiens c’était Adam. Bien entendu, tous les chrétiens n’étaient pas comme Adam, ni tous les musulmans comme Ramez, ni tous les juifs comme Naïm. Mais moi, je voyais d’abord mes amis. Ils étaient mes œillères, ou, si tu préfères les arbres qui me cachaient la forêt »

et puis une phrase qui m’apporte beaucoup d’interrogations : « C’est l’occident qui est croyant, jusque dans sa laïcité, et c’est l’occident qui est religieux jusque dans l’athéisme. Ici, au levant, on ne préoccupe pas des croyances mais des appartenances. Nos confessions sont des tribus, notre zèle religieux est une forme de nationalisme … « 

La salle des cent couverts

100 couvertsJe ne sais pas si vous être comme moi mais alors que je recherche toujours des activités quand je me déplace, j’ai tendance à négliger ce qui se passe dans ma propre ville … voire dans mon quartier.

Alors voilà, cela fait des semaines que dans la salle des Etats du château de Pau quelques dizaines de couverts sont en lévitation et j’ai attendu la dernière minute pour y aller. Cette salle également baptisée « Salle des 100 couverts » a été vidée pour l’occation et ce sont autant (enfin presque autant) de couverts qui ont été suspendus à hauteur de table … mais sans la table !

L’effet est saisissant quand on pénètre dans la salle et vraiment, le mariage de l’art contemporain et des lustres du château de Pau est très réussi.

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La lionne blanche (Henning Mankell)

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La lionne Blanche est le troisième livre des enquêtes du commissaire Wallander. Ecrit en 1993, l’action se situe alternativement en Suède et en Afrique du Sud alors que l’apartheid vient tout juste d’être aboli.

Je crois vraiment que c’est cette seconde partie de l’enquête, particulièrement bien documentée, qui m’a le plus passionnée, c’est toujours tellement intéressant de revisiter notre histoire récente avec un peu de recul.

Kurt Wallander et son équipe enquêtent sur le meurtre d’une mère de famille visiblement sans histoire. Un meurtre incompréhensible si ce n’est que cette jeune femme s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. En parallèle, Henning Mankell nous emmène en Afrique du Sud où un complot visant à l’assassinat d’une personnalité à forte influence dans ce pays en postapartheid.

La Scanie et l’Afrique du Sud ? quel rapport me direz vous ? … et bien c’est toute la prouesse de ce livre mêlant afrikaners extrémistes, agents du KGB … et simples policiers suédois.

L’auteur conduit impeccablement cette double intrigue, mêlant personnages réels et fictifs. Le suspense est bien mené, c’est un peu comme si l’auteur avait pris tout son temps, pour mon plus grand bonheur de lecture.

Le commissaire Wallander gagne un peu plus en épaisseur. Toujours borderline, il est prétexte à un regard acéré sur la société suédoise, c’est un roman passionnant !