N’éteins pas la lumière (Bernard Minier)

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Et voilà, je n’ai pas pu attendre la sortie en poche, j’ai profité de mes vacances pour gaver ma liseuse et dévorer le dernier Bernard Minier. Après « Glacé » et « Le cercle », j’ai retrouvé avec plaisir Martin Servaz, plus dépressif que jamais mais toujours près à défendre la veuve et l’orphelin !

Christine Steinmeyer, animatrice dans une radio locale toulousaine trouve dans sa boîte aux lettres un courrier anonyme annonçant le suicide de son auteur. Hésitant entre inquiétude et erreur de destinataire, elle oublie cette lettre jusqu’à ce qu’un auditeur l’accuse en direct d’avoir laissé une personne mourir. Au même moment, son chien disparaît, elle se demande si son petit ami ne la trompe pas et elle est accusée de harcèlement sur une jeune stagiaire de son équipe radio. De son côté, Martin Servaz reçoit d’intrigants indices l’amenant à se pencher sur une enquête close il y a quelques années. Ces deux histoires ont-elles un lien ?

Vous le saurez assez vite en lisant le livre mais surtout vous n’aurez de cesse que dans les toutes dernières pages avec un final retentissant. Une fois encore, l’ambiance est grise, neigeuse et orageuse. La violence est perverse, la persécution disséquée au scalpel et la folie pas très loin. Martin Servaz sort la tête de l’eau, aucun doute, il reviendra dans un quatrième opus, et je serai au rendez-vous !!!

Sawadee Ka Thaïland #2

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Nous poursuivons notre circuit vers le nord de la Thaïlande. La végétation est luxuriante et plantations d’ananas, rizières ou forêts de Teck se succèdent.

Nous arrivons à Lopburi, ancienne ville Khmer. Tombée sous la domination des rois Thaïs d’Ayutthaya, la ville a été la seconde capitale du Siam avant d’être conquise par les Birmans puis de perdre toute son importance. Il est surprenant de constater à quel point cela semble encore vrai en 2015. La ville est noire, les vestiges d’une splendeur passée sont vagues … et les singes qui ont pris possession de quartiers entiers très nombreux.

C’est escortés d’un garde (qui veille à ce que les singes ne nous dépouillent pas, dans tous les sens du terme !!)  que nous faisons de le tour de ce qui reste du temple de style cambodgien. Les bâtiments aux alentours ont été ravagés par les singes qui ont totalement pris possession des lieux … quel sentiment étrange que la présence de ces animaux tendrait à rendre sacré.

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Nous reprenons la route vers Sukhothai. Les autoroutes sont en bon état mais la vitesse y est règlementé et les barrages de police fréquents, le trajet nous prendra pratiquement la journée mais l’arrivée à l’hôtel Legendha nous fera vite oublier ces longues heures de route. Ce sera sans doute l’hôtel que j’aurais préféré pendant notre voyage, un établissement au charme suranné, et au style très colonial, bien loin des gros établissement hôteliers luxueux, mais non moins confortable. Ce sera aussi notre première rencontre avec un serpent (un cobra dira Mr Chéri … au moins !) et voilà pourquoi les chambres sont à hauteur d’une bonne marche et le lit aussi !

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Après une nuit réparatrice, au petit matin, nous sommes prêts à découvrir « le berceau de la civilisation Thaïlandaise » et plus particulièrement le Wat Mahathat (temple royal) qui s’étend sur une zone de 200 m2, cernée de fossés remplis d’eau. De cet endroit se dégage une sérénité saisissante, c’est un lieu majestueux qui nous a coupé le souffle. Les sanctuaires (ou ce qu’il en reste) et les bouddhas inspirent un profond respect, sentiment renforcé par le calme qui règne en ce temple. C’est vrai qu’il est tôt mais même en quittant le lieu, nous ne croiserons que peu de touristes finalement.

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Le parc se visite à vélo mais notre guide nous presse … dommage, c’est vraiment un endroit où l’on se sent bien et l’idée d’y revenir l’après midi en pleine chaleur ne nous tente pas plus que ça. Le thermomètre et le taux d’humidité ont quand même tendance à s’affoler. Je n’imagine même pas les températures qu’il peut faire en été. heureusement, les nombreux points d’eau et le parc arboré procurent une sensation de fraîcheur … toute relative.

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… à suivre

Le goût du bonheur – Gabrielle (Marie Laberge)

 

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Voilà un livre dont je n’aurais jamais eu vent sans la blogosphère !

J’aime beaucoup les sagas familiales et là je suis servie. Je n’ai lu que le premier tome du « Goût du bonheur » mais j’ai hâte de commencer le deuxième (c’est une trilogie).

Cette fresque commence en 1929, au Québec et se poursuit sur deux générations.

Gabrielle et Edward Miller forment un couple uni. Amoureux comme au premier jour (ce qui n’était pas monnaie courante à cette époque), ils ont six enfants, dont Adélaïde, l’ainée au caractère bien trempé. Autour de cette famille qui offre l’image de l’harmonie gravitent les deux sœurs de Gabrielle, Nic MacNally, l’ami de toujours, Florent le jeune protégé d’Adélaïde ou Paulette la sufragette … autant de personnages attachants.

La découverte du Québec des années 30 qui sombre dans la crise est très intéressante et j’ai d’autant plus apprécié que le texte est émaillé de mots et d’expressions québécoises, tour à tour surprenantes ou amusantes.

La condition des femmes, dont la liberté est fortement entravée par les principes catholiques et le pouvoir des hommes est un peu le fil rouge de ce premier tome dont Gabrielle est l’héroïne. Mère courage, brillante, belle, et généreuse … son goût au bonheur est une leçon de vie pour ses proches et pour le lecteur qui ne peut que s’attacher à ce personnage central.

Certes, ce n’est pas de la littérature du niveau des Hauts de Hurlevent mais ça fonctionne bien : de l’aventure, du romantisme, un soupçon de grande histoire, des pages en grands nombre (mais pas de longueurs) … c’est léger et enlevé, vivant et généreux, ça a le goût du bonheur !!

Le goût du bonheur – Tome 1 (Marie Laberge)
Edition Pocket
868 pages

Sawadee Ka Thaïland #1

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Cela fait déjà deux semaines que nous sommes revenus de vacances et je peine à retrouver le rythme. Comme d’habitude, nous sommes partis à l’arrache (fin de boulot 16h, départ 17h30 c’est rude).  Les jours qui ont précédés le départ ont été une course folle, le retour est sur le même tempo.

Je me demande toujours si c’est notre activité qui veut ça mais hélas, d’année en année, je n’arrive toujours pas à m’organiser mieux et nous partons toujours dans des conditions catastrophiques !

Bref, de retour, je peine à trier les quelques 800 photos que nous avons prises lors de notre séjour en Thaïlande et j’aurais tellement de chose à raconter qu’au rythme d’un billet par semaine, ça va me prendre des plombes !

Nous avions décidé que l’Asie serait au programme de nos congés et après moult hésitations c’est avec la Thaïlande que nous avons décidé d’appréhender ce continent.

La Thaïlande ou le pays du sourire, ce n’est pas une légende (à un bémol près, à savoir notre guide mais ça, c’est un autre sujet !).

Après un peu plus de 36 heures de voyages (les joies de vivre en province) et une escale à Singapore (l’escale c’était pour voyager avec Singapore Air line et je ne veux plus voyager qu’avec eux !!!) nous avons fini par atterrir à Bangkok d’où nous avons pris la route direction Ayutthaya.

Ce blog étant sans doute ce qui restera de plus concret de ce voyage, un peu d’histoire s’impose. La Thaïlande (qui s’appelait encore royaume de Siam jusqu’en 1939) a connu plus d’une guerre ! Son histoire est émaillée de conflits incessants avec les pays voisins (Khmers, Birmans …) : batailles à dos d’éléphants, destructions de temples et de palais, vols de bouddhas sacrés ou de tonnes d’or, déplacement des capitales … notre voyage démarre à Ayutthaya, capitale du XVIIè siècle. Louis XIV et les grandes cours d’Europe rêvaient d’implanter des comptoirs dans ce royaume à la chaleur accablante, à la nourriture incendiaire et aux moustiques harcelants mais les Thaïlandais tireront une grande fierté de ne jamais avoir été colonisés (ceci expliquant peut-etre cela, il faudra vraiment que je vous reparle du guide …).

C’est donc à Ayutthaya que nous visiterons notre premier temple et ferons connaissances des premiers bouddhas. Il en existe 8 représentations, pour chaque jour de la semaine (deux pour le mercredi) et une neuvième quand « Bouddha a trouvé l’illumination » nous a t’on expliqué.

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95% de la population Thaïlandaise est bouddhiste, plus ou moins pratiquante mais les offrandes sont nombreuses. Ici, ce sont des étoles qui sont offertes pour vêtir le bouddha imposant de quelques 20 mètres de hauteur,  le plus grand Bouddha assis de Thaïlande, statue en bronze. Cela représente des tonnes de tissus qui sont régulièrement renouvelés.

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A Ayutthaya, j’ai davantage été marquée par le calme qui règne au bord du fleuve Menam en ce mardi matin que par le temple lui même. Il y un côté clinquant et un mouvement qui ne colle pas trop avec la méditation me semble t-il … il n’est même pas 9 heures mais il est déjà trop tard pour les bonzes.

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En circulant dans la ville, nous entrapercevons des ruines qui esquissent ce qu’a été la ville originelle, orientée selon les 4 points cardinaux et protégé par une successions de canaux et de fortifications. De l’ancien palais royal, ne subsistent que quelques murs, reliques au milieu de construction récentes, c’est surprenant.

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Nous visitons d’autres temples, tous aussi impressionnants et plus ou moins en ruines. De nombreux Thaïlandais viennent déposer de minuscules feuilles d’or sur les bouddhas afin de tenter de leur redonner la splendeur d’antan.

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Du temple Wat Logya Sutha il ne reste plus rien … si ce n’est cet immense bouddha couché de 28m de long qui git dorénavant à l’air libre.

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Nous quittons Ayutthaya pour Lopburi … à suivre

Soumission (Michel Houellebecq)

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J’ai acheté ce livre dès sa sortie … sans doute une forme de curiosité malsaine au lendemain des événements de Charlie Hebdo mais surtout l’envie de le lire avant de trop en entendre parler.

Finalement, la promotion ayant été interrompue, je n’ai guère été polluée et en plus, comme je suis partie en vacances après l’avoir lu, j’ai pu longuement digérer cette lecture, et, oui, j’ai beaucoup aimé le dernier Houellebecq !

D’abord parce que c’est très bien écrit, à la fois simple et érudit, un savant dosage que j’avais oublié chez l’auteur avec cette fois ci des références à l’histoire  (la grande) non dénuées d’intérêt.

« Soumission » nous propulse en 2022 dans la vie de François, professeur à la Sorbonne à tendance dépressive, célibataire aux meurs un peu dissolues (mais ça, c’est Houellebecq). Nous sommes en pleine période électorale, élections d’anthologie puisqu’à la stupeur générale, la complicité du PS et la passivité de l’UMP provoqueront un second tour entre le front national emmené par Marine Le Pen et le parti de la Fraternité musulmane …

Nous suivons donc la déstabilisation de François devant les bouleversements radicaux apportés par l’accession au pouvoir d’un Islam somme toute assez doux. Peu à peu, il perd ses repères et cherche sa place dans ce pays révolutionné où la liberté fait peu à peu place à la soumission.

Houellebecq a le don de disséquer notre société mais cela reste un roman, même si on ne peut s’empêcher de se projeter dans cet avenir peut-être pas si improbable (ou du moins à une échéance plus lointaine) tant les références à des acteurs de votre vie politique et journalistique actuelle sont nombreuses.

Sincèrement, ce livre ne mérite pas toutes les polémiques qu’il a suscitées. Je pense qu’il faut davantage le lire comme une mise en garde, un appel à la vigilance, voire à l’insoumission.

La plus grande question n’est-elle pas celle des limites de notre République laïque ? Il se trouve que Houellebecq a choisi l’Islam (sans doute par provocation) mais l’arrivée de n’importe quelle autre religion au pouvoir pourrait déboucher sur le même séisme.

Jamais Houellebecq n’assimile Islam à intégrisme. Par contre, il nous présente tous ces hypothétiques bouleversements comme un appel à la vigilance. Ce livre est beaucoup moins provocateur que beaucoup de caricatures et les personnages de Houellebecq très mesurés.

Alors en conclusion, « Soumission » est une incitation à ouvrir les yeux. Le style mordant de l’auteur sert à merveille l’univers désabusé qu’il décrit … et force est de constater que notre société est de plus en plus individualiste et désenchantée … à lire et à méditer !