Check-Point (Jean Christophe Rufin)

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Jean Christophe Rufin est un homme aux multiples vies : docteur, diplomate, aventurier, écrivain, académicien … et alors que j’aime beaucoup l’écouter, je n’avais jamais rien lu de lui d’autre que le récit de son pèlerinage sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle.

J’ai du retard puisque j’ai lu ce livre, ce printemps, deux ans après sa sortie (dans le cadre d’une opération « Au secours, la pile des livres à lire va s’effondrer ») et une fois encore, c’est un excellent choix !!

D’emblée, c’est merveilleusement écrit, puissant et clair ; on lit et on vit l’histoire de ces cinq humanitaires embarqués à Lyon en direction de la Bosnie centrale à bord de deux camions. Alex, Maud, Lionel, Marc et Vauthier vont rapidement avoir l’occasion de découvrir que ce sont ces « Check-point », frontières mouvantes surgies de nulle part dans ces Balkans éclatés par les conflits religieux-ethniques.

On ne peut pas vraiment dire que ce livre est un huis-clos tant ce qui se passe hors des deux camions est aussi important que les tensions qui s’installent dans les cabines. Nos cinq humanitaires ont des personnalités très contrastées et des expériences de la vie qui façonnent leurs réactions face aux moyens d’aider les populations en zones de guerre ; faut-il leur amener des biens essentiels ou des armes ?

C’est un livre prenant, bien loin des idées que je m’en étais faites (du livre et des humanitaires) qui apporte un éclairage supplémentaire sur ce conflit si proche de nous, tant par la distance que le temps.

Voilà donc un roman multigenres (aventures, thriller psychologique, road trip, drame amoureux), par un auteur talentueux, un roman haletant et surtout une façon très habile d’aborder des sujets d’actualité très facilement transposables de la Bosnie de 1995 à la Syrie de 2017 …

Yeruldelgger (Ian Manook)

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Il m’arrive de choisir mes livres en fonction du lieu où se déroule l’action et comme depuis plusieurs années, ma passion pour la Russie s’est déportée vers l’Asie centrale, cette trilogie mongole était pour moi !

Yeruldelgger en est le premier volet. Un pavé tout de même alors la suite ce sera pour plus tard.

Voici donc un polar se déroulant dans la Mongolie d’aujourd’hui, c’est peut-être un peu trop occidental par certains côtés et parfois limite caricatural dans le côté borderline mais finalement, tous les héros de polar sont à deux doigts de franchir la ligne jaune … ou la franchissent carrément, même dans la vraie vie alors je ne boude pas le plaisir que j’ai eu à me laisser embarquer dans cette histoire tout à tour charnelle et spirituelle (mystique même).

Yeruldegger est un policier en colère permanente. La mort de sa petite fille a brisé sa famille et lorsqu’il est appelé par des nomades, en pleine steppe mongole pour découvrir les restes d’une petite fille à peine enterrée avec son tricycle, toute cette violence contenue ressort. En même temps, Oyun, sa coéquipière fait face à un quintuple meurtre : 3 chinois émasculés et deux prostituées, le décor est planté, ce sera âpre et rude.

La Mongolie et ses grands espaces fascinants, ses traditions, sa culture parfois sauvage, ses rites ancestraux, ses croyances, cette alternance de sagesse et de rage, Ian Mannok soigne son récit et ses personnages.

La Mongolie est d’ailleurs un personnage à part entière et ce pays n’est pas à un paradoxe près. Coincé entre la Russie et la Chine et la Corée, sa géopolitique est passionnante. Oulan-Bator, sa capitale polluée, surpeuplée, insécure et corrompue, multiculturelle, à quelques encablures des steppes sauvages est une ville où modernité et coutumes ancestrales cohabitent tant bien que mal.

L’auteur en donne une vision qui n’est jamais complaisante et encore moins idéalisée et j’ai plus que jamais envie de découvrir ce pays qui lutte entre capitalisme et modernité. Je suis même prête pour le thé au beurre salé rance ou le lait de jument fermenté !!

Côté enquête, c’est enlevé, parfois attendu mais on s’en moque car le voyage est fascinant ! Maintenant, j’espère juste que Ian Manook reviendra au salon « Un aller retour dans le noir » !!

Les garçons de l’été (Rebecca Lighieri)

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Attention, livre fatal … vous le commencez et vous n’avez de cesse que de le retrouver.

Dans ce roman, il est question d’une famille de Biarritz, en apparence bien sous tous rapports. Petite bourgeoisie Biarrotte : Le père est pharmacien, la mère toujours tirée à quatre épingles a abandonné ses études pour élever des trois enfants, deux garçons beaux comme des dieux, brillants et une petite dernière un peu plus perchée en apparence … mais pas tant que ça ! Dès le début du livre, c’est l’accident. Thadée le fils aîné se fait happer la jambe par un requin à La Réunion et c’est un raz-de-marée qui torpille la famille Chastaing si parfaite.

Il est question de Surf, de Côte Basque, d’île de la Réunion, de couples, d’adolescents, d’étudiants … et Rebecca Lighieri excelle dans tous les registres.

J’ai eu la chance de rencontrer l’auteure qui nous a expliqué comment elle s’est imprégnée de Biarritz, de vagues et d’océan afin de restituer un langage plus vrai que nature. J’ai d’ailleurs eu un peu de mal avec le langage oral de nos jeunes qui m’a nécessité quelques décodages approximatifs … mais pour le reste, j’avais l’impression d’y être (et Biarritz je connais …).

C’est à la fois un roman d’amour, un thriller psychologique ou bien un roman noir, à moins que ce ne soit l’humour qui soit noir … mais tout y est ! L’écriture est magistrale, maitrisée de bout en bout, à la fois fluide et implacable.

Les protagonistes prennent la parole à tour de rôle, chacun apportant un éclairage nouveau et un à un, les masques tombent … construction parfaite !

Bon, assez de superlatifs et il était temps que je publie ce billet car c’est LE livre de l’été, super session de lecture en perspective pour vous qui avez la chance de ne pas l’avoir lu !!

L’armoire des robes oubliées (Rükka Pulkkinen)

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2014, Helsinki, Eva est atteinte d’un cancer foudroyant. Son mari Martti, sa fille Eleonoora et ses petites filles Anna & Maria se relaient à ses côtés pour adoucir ses derniers jours. De ces moments douloureux naissent des rapports privilégiés et Anna découvre que derrière la façade du mariage heureux de ses grands-parents se cache un drame. A l’ouverture d’une armoire, la découverte d’une robe oubliée fait resurgir le passé et la vérité se révèle.

1964 : Elsa est une psychologue de renommée internationale, Martti son époux un artiste peintre reconnu. A l’aube des années 1970 et de la libération de la femme, ce jeune couple en vogue voyage beaucoup, a une vie mondaine intense et délaisse la petite Anna. Eeva, jeune étudiante entre alors à leur service pour s’occuper de l’enfant.

L’auteure, avec beaucoup de poésie et de délicatesse mêle l’amour et la mort, les choses graves et légères, décrit des femmes alternativement fortes et faibles mais ce roman n’est jamais triste, il est juste et touchant.  Rükka Pulkkinen décortique à merveille les relations entre ces femmes, la filiation mère-fille, la transmission grand-mère-petite-fille. Chacun de ses personnages a ses failles et ses qualités et il y a beaucoup d’empathie, d’humanité et de respect dans ces lignes.

La construction de l’intrigue est parfois complexe avec l’alternance passé-présent et le parallèle entre les vies d’Elsa et d’Anna emporte parfois le lecteur dans des confusions mais c’est aussi l’intérêt de ce roman … se laisser porter par le récit, tenter de comprendre ce qui vivre, viellir et aimer veulent dire.

Pour finir, il y a la Finlande, ses paysages magnifiques, cette lumière que l’on imagine étrange, les sapins, les sauna … la littérature venue du froid ne se limite pas aux polars alors ne boudons pas notre plaisir.

« Mais maintenant, je suis devant cette porte et je sonne. Plus tard je comprendrai que ma vie, toute nouvelle, commence justement ici. Peut-être qu’on peut déjà en voir la fin, dès la porte. Mais c’est le commencement, et le commencement ne veut pas entendre parler de la fin »

Joie (Clara Magnani)

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Gigi est un cinéaste Italien reconnu ; nous sommes en 2014, il a 70 ans et en fin d’été, son cœur s’arrête. Une mort rapide, sans douleur, comme il l’avait toujours souhaitée se souvient sa fille Elvira. Quatre ans plus tôt, Gigi rencontre Clara, jeune critique de cinéma belge qui ne cède pas aux avances du latin lover. Lui reste cependant persuadé que cette femme et lui ne partagerons pas que la passion du cinéma. Il a raison ; ces deux là connaîtront une merveilleuse « maturelove » et seront unis par des sentiments forts, secrets, empreints de raison et de respect pour leur famille respective.

J’ai adoré le délicieux parfum de liberté et d’optimisme qui se dégage de ces pages. L’adultère n’est pas pris à la légère mais il y a une sérénité dans ce livre qui m’ont fait un bien fou, une si belle illustration que que « L’amour s’impose à tous les âges » et que la complicité est un bien précieux.

Clara entame un « journal d’absence », s’adressant d’abord au disparu puis à Elvira sa fille  qui découvre au travers d’un manuscrit destiné à Clara cet amour, clandestin certes, mais tellement lumineux et heureux. Les trois modes narratifs s’imbriquent alors merveilleusement.  La pudeur est infinie dans ces pages ou le jugement n’est jamais présent et c’est simplement beau, comme le titre « Joie ».

On a beaucoup disserté sur l’auteur qui reste anonyme : coup de pub ? histoire d’adultère ? envie de rester secrète ? et si c’était un auteur ? … peu importe là n’est pas l’important, c’est un livre solaire, un roman au charme fou sur l’amour simple, le manque, l’attente … coup de coeur !!