Le lundi c’est ciné #15 « Polina, danser sa vie »

201611 Ciné

Parce que le cinéma, c’est la vie, une parenthèse de quelques heures, les sorties entre amies et l’envie de vivre … cet après midi, je suis allée voir « Polina, danser sa vie »

1990, dans la Russie post-soviétique, Polina est une danseuse classique prometteuse. La famille sacrifie tout pour offrir à son unique enfant la rigueur et l’exigence du professeur Bojinski qui la mènera aux portes du prestigieux Bolchoï.

Je n’en dirai pas davantage, c’est un beau film sur la danse bien sûr, sur la chorégraphie, la discipline, l’abnégation mais c’est bien plus que cela. C’est apprendre à désapprendre tout ce qu’on a appris dans douleur, c’est un hommage aux danseurs et à leur long travail, c’est un film sur les galères des artistes et aussi une habile façon d’aborder que devenir maître de sa vie n’est pas si facile .

La jeune interprète Anastasia Shevtsova envahit l’écran ; omniprésente elle nous charme, elle fascine avec ce regard si dur et si pur. Les impros sont fabuleuses, celle de la fillette de retour des cours dans la neige ou de la danseuse-chorégraphe accomplie sont jubilatoires … et je ne suis ni une grande connaisseuse ni une amoureuse de la danse. A noter également un petit rôle de Juliette Binoche, toujours aussi belle et parfaite.

 

Désorientale (Négar Djavadi) – RL2016 #4

201610 Lecture

Désorientale, c’est la truculente chronique d’une famille iranienne. A l’hôpital Cochin, Kimia attend seule le médecin pour une PMA. La salle d’attente est silencieuse, cette salle qui en Iran « prendrait l’allure d’un joyeux caravansérail » est propice à la rêverie et ce sont autant de souvenirs de famille qui reviennent en mémoire à la jeune femme. La voilà qui nous embarque auprès de ses ascendants : son arrière grand père et ses 52 femmes, ses 28 enfants, les frères de son père (oncles numérotés de 1 à 6), ses parents, opposants au régime du Shah puis victimes de la révolution Khomeyni en 1979 ou bien encore ses sœurs.

Kimia nous raconte un passé flamboyant, un Iran méconnu en alternance avec un présent qui de Londres à Paris en passant par Bruxelles l’a petit à petit « désorientalisée ».

Les témoignages sur l’Iran du XXème siècle sont passionnants et même si l’auteur nous perds dans les méandres de ses souvenirs, Négar Djavadi nous emporte avec ce roman – – fiction certes mais – tissé autour du canevas et de la famille de l’auteur. J’avoue m’être un peu laissée déborder au début par cette famille nombreuse et les incessants allers retours passé /présent sans la moindre introduction mais au final je me suis régalée.

C’est écrit sans pathos et même les passages les plus dramatiques (je pense tout particulièrement à la fuite d’Iran en passant par la Turquie et l’arrivée à l’aéroport de Paris) sont abordés avec beaucoup d’humour et de dérision. Voilà des personnages attachants et une histoire sensible et drôle qui aborde des sujets pourtant aussi sérieux que la maternité, l’exil, l’identité ou la transmission.

« Désorientale » de Négar Djavadi
Editions Liana Levi
347 pages

Continuer (Laurent Mauvinier) – RL2016 #3

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J’ai découvert Laurent Mauvinier avec « Des hommes », un roman sur l’Algérie qui me hante encore aujourd’hui. J’avais aussi été déçue par son dernier livre mais les nouvelles, définitivement ce n’est pas pour moi. J’hésitais donc à lire « Continuer » mais c’était sans compter sur l’insistance des libraires !

« Continuer », c’est l’histoire de Sybille, divorcée, qui a quitté Paris pour Bordeaux. Sa vie professionnelle n’est pas au top et son ado de fils Samuel est en décrochage total, scolaire et personnel. Alors que on père préconise le pensionnat, elle préfère partir quelques mois avec son fils au Kirghizistan pour un voyage à cheval.

J’ai retrouvé l’écriture de Laurent Mauvinier avec un immense plaisir, cette écriture qui transporte. Quand les chevaux galopent, les mots s’emballent, quand les chevaux s’enlisent, c’est une chape de plomb qui s’écrase sur le lecteur, quand le dialogue entre la mère et le fils devient inexistant, les mots sont précis à l’économie et tout cela provoque un bouleversement intense.

Le livre est émaillé de passages à la tension extrême et de scènes fabuleuses. Je vous invite d’ailleurs à aller consulter le blog de Christine qui a fait ce merveilleux voyage en pays Kirghize et a partagé avec nous des photos et des mots magnifiques (Christine, autant te dire que tous les regards que tu as su si bien capturer pensant ton voyage m’on suivi pendant toute la lecture).

Sinon, pour en revenir à l’histoire, au fil des chapitres, l’auteur distille par petites touches les éléments qui permettent de comprendre à quel point Samuel a décroché et l’immense souffrance de Sybille emmagasinée depuis des années.

Ce livre est à la fois un roman d’aventures, le parcours initiatique d’une mère et de son fils, une histoire d’amour maternel magnifique et la découverte d’un peuple, de cultures ou de coutumes aussi sages que barbares.

J’ai aimé Chanson douce, j’ai adoré L’insouciance mais là, c’est au delà des mots, c’est un énorme coup de cœur, un roman vertigineux, de ceux qui procurent une émotion intense, à lire AB-SO-LU-MENT !!!

L’insouciance (Karine Tuil) – RL2016 #2

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L’insouciance c’est la vie de quatre personnages qui n’on à priori rien en commun et qui vont se retrouver plongés dans un même chaos. Romain Roller est soldat, il revient d’Afghanistan meurtri et lors d’un week-end de décompression (« sas de reconstruction ») à Chypre, il a un coup de foudre pour Marion, jeune journaliste qui a été sur le terrain. Marion Decker est mariée au riche PDG d’une entreprise de communication, François Vely, qui se retrouve piégé dans un scandale politico-médiatique. Osman Diboula, d’origine ivoirienne, ancien animateur social en banlieue est devenu conseiller auprès du président de la république ; au nom de la diversité, il a quitté « le ghetto pour le gotha ». Le destin de ces quatre personnages va se croiser et à partir de là, plus rien ne sera jamais comme avant.

C’est dans un véritable tourbillon que nous entraîne Karine Tuil. Elle aborde ici des thèmes comme le communautarisme, la fracture sociale, la guerre et ses dégâts collatéraux, le pouvoir ou bien encore le rôle omniprésent de l’image dans notre société mais surtout l’identité.

Comme dans son précédent roman « L’invention de nos vies » son style est vif, terriblement énergique ! La puissance narrative en fait un roman palpitant dans lequel les chapitres s’enchaînent comme les épisodes d’une série télé, c’est totalement addictif. Ce livre est terriblement d’actualité, surtout lorsque l’auteur aborde le terrorisme, l’antisémitisme, l’intégration ou bien encore les réseaux sociaux.

Ce livre décrit un monde, notre monde, terriblement complexe et violent … et bien loin de l’insouciance. De façon parfaitement maitrisée, Karine Tuil brosse un tableau sans concession et terriblement lucide de notre société.

Le lundi c’est ciné #13 : Victoria

201609 Victoria

Victoria (Virgine Efira) est avocate. Elle élève seule ses deux filles dont le père est absent. Victoria est passablement débordée même son baby-sitter n’en peut plus et la largue. Dans le même laps de temps, elle doit défendre un ami (Melvil Poupaud) accusé de meurtre par une folle, recrute comme baby-sitter un ex-dealer (Vincent Lacoste) qu’elle a défendu il y a quelque temps et apprend que son ex-mari dévoile sa vie privée sur un blog à succès … sa vie vire au chaos !

Voilà en quelques mots les première minutes de ce film mené tambour battant. Ce n’est pas totalement dramatique et pas vraiment une comédie mais il y a une belle énergie dans ce film au final assez romantique, histoire(S) d’amour, de justice et d’amitié. Les acteurs sont justes, les personnages bien construits (même les plus farfelus) et Virgine Efira trouve là sans doute son premier grand rôle …

C’est réjouissant et en même temps, cela porte à réflexion, dans un monde où tout va à 100 km/heure, difficile de conscilier vie de femme, de mère et professionnelle  !